Je suis née posée sur la ligne de l’équateur, au Gabon, en 1984, d’une famille métisse sur plusieurs générations. J’y ai connu mes premières années de vie, assez pour ne pas oublier les liens économiques et historiques qui unissent deux de mes pays : la France et le Gabon. En arrivant en France hexagonale, où nous n’étions pas censés rester mais d’où nous ne sommes plus vraiment partis, j’ai bien vite réalisé l’ignorance de mes pairs concernant les réalités du continent africain. J’ai cherché dans ma scolarité de quoi muscler un regard sur le monde fait de cultures multiples et conflictuelles, mais je me suis cognée de nombreuses fois. Ainsi, par ennui et par amour de la bande dessinée, j’ai commencé à dessiner, en autodidacte, et à fabriquer des journaux avec des ami/es – une activité que je n’ai plus arrêté. J’ai débuté des études d’histoire et d’anthropologie, et dans un même élan, je me suis mise à documenter les mouvements sociaux, en Île-de-France, derrière un appareil photo. Cela m’a mis en contact avec les héritages politiques français, ceux de la gauche révolutionnaire et des luttes féministes et antiracistes, abordées par des auteurs et autrices structurants : Fanon, Césaire puis, plus tard, d'une tout autre perspective, Angela Davis. J’ai appris, ainsi, à mieux appartenir à ce territoire de France, et à devenir obsédée par le besoin d’agrandir son récit national et à transmettre, par le dessin ou l’écriture, ce que nous étions beaucoup à sentir comme une silenciation de l’Histoire coloniale.
En 2014, nous avons fondé avec quelques camarades la revue BALLAST. Je m’y suis formée au reportage et à l’écriture journalistique, sans cesser de dessiner.
À présent, je vis et travaille à Marseille et gravite dans le milieu de l’édition. Je contribue, par écrit ou au crayon, à diverses revues indépendantes (Ballast, Mille Cosmos, Panthère Première, The Funambulist) en continuant de creuser la question des mémoires diasporiques précarisées, déracinées, fragiles et mouvantes. En 2021/2022, j’ai participé à l’exposition Sarah Maldoror : cinéma Tricontinental et, l’année suivante, à la Biennale Yango ! de Kinshasa.