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author:
- Malcom Ferdinand
- Shela Sheikh
- Olúfẹ́mi O. Táíwò
date: 2026-05-12
lang: fr
rights: "CC BY-NC-SA 4.0,
  https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/deed.fr"
source: "https://plurivers.net/revue-plurivers-1/reparations-et-changement-climatique.html"
subtitle: Une conversation avec Olúfẹ́mi O. Táíwò
title: Réparations et changement climatique
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::: traducteurices
Traduit de l'anglais par l'équipe éditoriale Plurivers
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::: biography
Je suis professeur \[*Associate Professor*\] de philosophie à
l'université de Georgetown aux États-Unis. J'ai obtenu mon doctorat en
philosophie à l'université de Californie à Los Angeles. Ayant grandi
dans la banlieue de Cincinnati, dans l'Ohio, aux États-Unis, au sein
d'une famille et d'une communauté nigériane-américaine avec une histoire
d'immigration multiple, j'ai été exposé à toute une série de normes
culturelles et d'idées sur le monde, qu'il s'agisse de la classe
ouvrière urbaine, de la classe moyenne suburbaine, des Blancs, des
Afro-Américains ou des Noirs africains de la première génération.
L'étude de la philosophie, en parti­culier de la philosophie politique,
m'a permis de réfléchir à ces différents codes afin de naviguer dans ce
problème -- ou défi -- de plusieurs mondes qui se chevauchent. Certains
de mes travaux universitaires, en particulier ceux portant sur le
capitalisme racial, ont été une manière ­active d'essayer de réfléchir à
la manière de s'intégrer dans divers mondes qui se croisent, en
particulier dans les traditions discursives et politiques de la gauche
où il existe un dissensus concernant les points de départ privilégiés,
par exemple, la lutte des classes, la suprématie blanche ou le racisme
anti-Noir.

Mon travail théorique s'inspire librement de la tradition radicale
noire, de la pensée anticoloniale, de la philosophie transcendantale
allemande, de la philosophie contemporaine du langage, des sciences
sociales contemporaines et de l'histoire de l'activisme et des penseurs
activistes. Je suis l'auteur de *Elite Capture : How the Powerful Took
Over Identity Politics (And Everything Else)* (Haymarket Books, 2022) et
*Reconsidering Reparations* (Oxford University Press, 2022). Ma
philosophie publique, y compris des articles explorant les intersections
de la justice climatique et du colonialisme, a été présentée dans *The
New Yorker, The Nation, Boston Review, Dissent, The Appeal, Slate, Al
Jazeera, The New Republic, Aeon, et Foreign Policy*. J'ai publié des
articles dans des revues univer­sitaires telles que *Public Affairs
Quarterly, One Earth, Philosophical Papers* et le bulletin de l'American
Philosophical Association, *Philosophy and the Black Experience*. Je
suis membre du comité de rédaction de *Hammer and Hope*
(<https://hammerandhope.org>), une nouvelle revue en ligne consacrée à
la politique et aux cultures Noires. Voir <http://www.olufemiotaiwo.com>
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Le texte qui suit est une version éditée d'un entretien réalisé en avril
2023 via zoom par Malcom Ferdinand et Shela Sheikh, membres de l'équipe
éditoriale. La conversation s'est déroulée en anglais et a été traduite
en français. Nous nous sommes efforcés de conserver le ton parlé et
avons ajouté des références éditoriales lorsque cela a été jugé utile.

\_Malcom Ferdinand et Shela Sheikh (MF, SS) : Merci beaucoup d'avoir
accepté de partager certaines de vos réflexions avec nous. Votre
travail, en particulier sur les réparations, nous a beaucoup inspirés.
Pourriez-vous nous expliquer pourquoi, selon votre argument, les
réparations ne peuvent se penser sans la justice climatique ?

\_Olúfẹ́mi O. Táíwò (OT) : Ma compréhension de la justice climatique
vient du point de vue particulier que j'ai sur les réparations. Certains
pensent qu'il faut simplement essayer d'améliorer la vie des
bénéficiaires des réparations en réponse aux préjudices du racisme qui
ont donné lieu à l'appel aux réparations en premier lieu. Il suffirait
de comparer le bien-être des Martiniquais, des Haïtiens ou des
Afro-Américains avant et après la venue des réparations ; le bien-être
est alors souvent compris en termes de biens spécifiques, de revenus, du
nombre d'hectares de terre qu'ils possèdent. C'est ce genre d'élément
que nous pourrions examiner pour déterminer si les réparations ont été
fructueuses ou non.

Il existe un deuxième groupe de personnes pour lesquelles ­l'obje­ctif des
réparations est plus spirituel ou interpersonnel. L'objectif des
réparations devrait peut-être viser une sorte de réconciliation, ou un
nouveau type de relation basée sur la confiance. Cette vision des
réparations est souvent celle de personnes vivant dans des sociétés
multiraciales : Afrique du Sud, États-Unis, Royaume-Uni. Selon eux, les
réparations permettront de rétablir une relation de confiance entre un
gouvernement fautif et les personnes qui ont été lésées par ce
gouvernement ou son prédécesseur. Elles rendront possible une relation
saine entre ces parties, ou peut-être entre les citoyens Blancs et les
citoyens Noirs.

Je pense que ces deux conceptions des réparations sont en grande partie
correctes, mais ma préférence va à une troisième conception. Je
l'appelle la *vision constructive*. Il s'agit en partie d'une
perspective sur l'histoire de l'injustice raciale autour de la traite
des esclaves et de la préhistoire du capitalisme. Ces atrocités
particulières ont construit le monde dans lequel nous vivons, ses
systèmes politiques et économiques. Ce n'est pas le cas de toutes les
atrocités. Mais je pense qu'il y a de bonnes raisons de penser que c'est
vrai pour les étapes particulières de l'accumulation coloniale qui ont
été catalysées par ces atrocités. Il est logique d'envisager les
réparations comme une réponse à cette échelle d'injustice ou d'échec de
la justice. Nous devrions réfléchir à la mise en place d'un système
mondial différent, fondé sur la justice et la solidarité plutôt que sur
la domination.

Voilà donc l'idée de base sur les réparations. Le lien avec la crise
climatique est distinct dans ma vision des réparations, mais je pense
qu'il pourrait être compatible avec d'autres visions des réparations, en
particulier avec la façon de penser « nuire/réparer » et « augmenter le
bien-être des bénéficiaires des réparations ». Toute conception des
réparations visant à faire une différence conséquente dans le monde doit
se préoccuper des moyens susceptibles d'être efficaces à cette fin.
Qu'est-ce qui va permettre d'effectuer ce travail ? Il se peut que vous
souhaitiez simplement un transfert d'argent, un transfert de technologie
ou un transfert de terres. Si c'est le cas, pour que cela suffise à
élever le niveau de vie des Noirs à un niveau juste, je pense que la
vision pratique nécessaire de ces transferts est de penser qu'ils seront
des transferts durables de chances de vie dans un monde qui se
réchauffe, dans un monde où il y a une fracturation géopolitique, dans
un monde où il y a un danger de défaillances systémiques généralisées et
les types de conflits qui sont susceptibles de se produire dans un monde
de défaillances systémiques généralisées. Au fond, pour sortir du jargon
un instant, il faudrait penser que les Blancs ne reviendront pas
récupérer ces choses (argent, technologies, terres) dès lors que l'on
commence à toucher à leur argent. Je suis désolé, mais je n'y crois pas
-- ce n'est pas la prédiction que je ferais sur la façon dont les choses
vont se dérouler sur trois générations. Je pense que si vous voulez des
changements durables dans les conditions de vie d'un énorme pourcentage
de l'humanité, cela nécessitera des transferts d'argent, ne vous
méprenez pas. Il faut commencer par-là, en fait, mais les gens auront
besoin de structures de prise de décision politique qui soient
réellement participative afin que les entreprises et les banques, le
service de la dette et ainsi de suite, ne reprennent pas l'argent
demain. Il faut quelque chose comme des coalitions entre États à
l'échelle du mouvement des non-alignés pour empêcher l'aventurisme
militaire des grandes puissances mondiales.

\_MF, SS : Dans votre livre, *Reconsidering Reparations*, vous faites
une déclaration très puissante et très belle en faisant précéder chaque
chapitre d'un récit de la révolte des Malê, qui a eu lieu au Brésil en
1835. Cela nous rappelle les révoltes des Caraïbes. Pourriez-vous nous
parler de votre engagement vis-à-vis des demandes de réparations émanant
du monde caribéen ? Nous pensons par exemple aux paroles et aux actions
de Mia Mottley[^1], ou de la CARICOM[^2].

\_OT : Je me décrirais politiquement comme panafricaniste. Et j'ai
l'impression que, au moins au cours des 200 dernières années, mais
certainement au cours des 40 dernières années, les Caraïbes sont la
région la plus avancée du monde Noir sur le plan politique. Je ne suis
pas originaire des Caraïbes, je ne dis donc pas cela par chauvinisme. Ce
n'est que mon opinion. La raison pour laquelle j'ai cette opinion est en
partie liée à cette question spécifique des réparations. Et je ne veux
pas seulement dire que j'aime le texte du plan de la CARICOM, bien que
ce soit, en soi, quelque chose dont je pense qu'il vaut la peine de
s'inspirer. L'accent est mis sur les transferts d'argent. Mais il met
également l'accent sur le transfert de technologie, il reconnaît les
dommages sociaux généralisés de l'esclavage et du colonialisme, ainsi
que l'offensive généralisée qu'il faudrait mener pour faire face aux
conséquences historiques de cette situation. Il n'y a pas non plus cette
fixation sur les dollars et les centimes que le capitalisme encourage.
Il existe un système qui mesure évidemment les ressources que nous
pouvons utiliser pour apporter d'autres types de changements, mais la
présence de dollars ne fournira pas, en soi, la culture politique
nécessaire pour réaliser ce que les gens attendent des réparations, et
­j'admire donc l'exhaustivité de ce plan. Et je pense qu'il y a d'autres
groupes, en plus du CARICOM, même au sein des Caraïbes, comme en
Martinique, il y a des groupes ici aux États-Unis qui pensent aussi avec
ce genre de vision large (je pense par exemple à la Destination Design
School of Agricultural Estates dans la région de la Black Belt en
Alabama[^3]). L'une des choses que j'aime dans ce que j'ai lu sur le
mouvement des réparations dans les Caraïbes, c'est ce genre de vision
large. Mais je pense qu'une autre raison pour laquelle je réfléchis à ce
qui se passe dans les Caraïbes en particulier est l'échelle mondiale et
le type de géopolitique explicite que l'on retrouve dans les demandes de
réparations des Caraïbes, que ce soit celles de Beckles et des
universitaires qui ciblent l'Empire britannique[^4], ou que ce soit
celles des Haïtiens ou des Martiniquais qui ciblent ­l'Empire français.
Je ne veux pas dire que cela se produit uniquement dans les Caraïbes,
mais je pense qu'en raison de la nature de l'histoire des Caraïbes, il y
a une tendance à penser le rôle des États au sein du système
international et à penser aux réparations qui pourraient avoir une
dimension d'État à État, un niveau de plaidoyer interétatique. Et je
pense que cette échelle clarifie ce que devraient être les cibles des
réparations : cela devrait certainement inclure les États, mais nous
devrions également commencer à cibler les sociétés multinationales et
certaines banques.

En ce qui concerne les dirigeants politiques comme Mottley, je ne veux
pas dire que tout ce qu'elle a dit ou fait est correct. Je sais que
Mottley a ses détracteurs dans la gauche caribéenne. Et il y aura
toujours des critiques pertinentes à l'égard des dirigeants de l'État
parce que le système étatique est fondé sur la domination et je ne pense
pas qu'il soit possible de maintenir la souveraineté de l'État sans
défendre et étendre l'autorité de l'État par des moyens coercitifs -- du
moins, pas de la manière dont les choses se présentent aujourd'hui. Mais
je vois Mottley comme quelqu'un qui a une vision pratique de l'ampleur
des transferts d'argent, de capitaux et de technologies qu'elle essaie
de réaliser, et des types d'institutions sur lesquelles elle doit faire
pression pour y parvenir. Elle fait pression sur les organisations
multinationales comme le FMI, elle essaie de faire pression sur les
grandes nations, comme les grands États membres de l'UE, comme la
France, pour faire bouger les choses sur la scène internationale. On
peut critiquer cette stratégie. Mais les critiques qui m'intéressent le
plus sont d'ordre tactique. Les critiques qui ne m'intéressent pas sont
de type moralisateur. Bien sûr, on peut toujours dire que les
institutions dans lesquelles et avec lesquelles elle travaille sont
corrompues. Et c'est bien sûr vrai. Mais c'est un peu ce que nous
faisons tous, tous les jours. Nous ne vivons plus à l'époque de la
géopolitique de la guerre froide, où un grand nombre d'États s'opposent
ouvertement au consensus néo­­libéral et sont interventionnistes en la
matière. Quoi qu'en pense le parti communiste chinois, il n'envoie pas
d'armée pour libérer ­l'Angola comme le faisait Cuba. Ce n'est donc pas
la phase de l'histoire mondiale dans laquelle nous nous trouvons.
Personne n'a d'Union soviétique en réserve et il faut donc répondre à la
question pratique de savoir à quoi ressemble réellement la mise en place
d'énormes transferts d'argent pour que l'économie guyanaise ne soit pas
à un ouragan près de se réduire à la moitié d'elle-même. Ce sont des
questions pratiques auxquelles nous ne pouvons pas répondre en citant
Lénine. Nous devons y répondre par des plans objectifs et des tâches
politiques concrètes. Pour moi, Mottley a fait avancer la discussion
vers des tentatives en ce sens. Et si les gens ont de meilleures idées,
c'est fantastique. Je serais ravi de les entendre. Mais pour l'instant,
elle est ce que nous avons de mieux.

\_MF, SS : Dans la perspective de la revue *Plurivers*, qui vise à
mettre en avant ce que nous et d'autres appelons « une écologie
décoloniale », nous aimerions formuler la question précédente dans
l'autre sens : pensez-vous que la justice écologique ou environ­­nementale
impliquerait nécessairement différentes formes de réparation, et si oui,
pourquoi ? Pouvez-vous donner des exemples qui vous ont inspiré ?

\_OT : Je ne pense certainement pas que ce soit le cas d'un point de vue
conceptuel. De toute évidence, on pourrait se contenter d'envisager les
crises climatiques selon les modalités de ce que l'on appelle le
réductionnisme carbone. De ce point de vue, la politique climatique se
résume à poser la question suivante : comment électrifier tout ce qui
existe ? Comment remplacer le charbon par la géothermie ? Et il n'y
aurait rien d'anormal au niveau de la cohérence intellectuelle de base
si c'était la façon dont on voyait les choses. Concernant les
réparations, je pense que cela pourrait se traduire par des déclarations
de ce type : Voici ce que vous feriez si vous vous concentriez
uniquement sur la question de savoir si nous utilisons un mélange
énergétique composé de 30 % de charbon ou de 0 % de charbon. En fait, il
y a déjà un changement climatique, nous avons déjà réchauffé la planète,
nous observons actuellement des sécheresses, des incendies de forêt, le
réchauf­fement de l'océan, l'élévation du niveau de la mer. Ces
événements climatiques font des gagnants et des perdants. Il y a des
régions qui sont disproportionnellement vulnérables, d'autres qui sont
disproportionnellement sûres et sécurisées.

Et, sans surprise, ces différences sont assez fortement corrélées à la
richesse. Après tout, la résilience est quelque chose que vous pouvez
acheter -- pas nécessairement parce que vous pouvez décider s'il y a ou
non des inondations, mais parce que vous pouvez décider s'il y a ou non
des programmes d'assurance contre les inondations et si vous avez les
moyens de les financer. Vous ne pouvez pas nécessairement décider s'il y
a ou non une sécheresse, et donc des problèmes dans l'approvisionnement
alimentaire local. Mais vous pouvez décider s'il y a ou non des
subventions pour faire venir de la nourriture de l'autre côté du monde
quand il y a des problèmes dans l'approvisionnement alimentaire local.
Lorsque l'on examine les déterminants sociaux de la vulnérabilité
climatique, ils sont assez directement liés aux différents niveaux de
richesse et, littéralement au sens géographique, à l'endroit où la
richesse s'est accumulée et à son degré d'accumulation.

Ainsi, si tout ce que vous faites est d'essayer de progresser dans
l'adoption des énergies renouvelables et que vous laissez les choses
tomber où elles peuvent en termes de distribution des impacts
climatiques, vous ferez en fait le contraire des réparations. Les
prédictions les plus directes que nous puissions faire sur la
répartition de la mort, de la maladie et de la destruction dues à la
crise climatique -- « cela pèsera sur les personnes qui ont déjà été
accablées » -- la chose que tous les défenseurs de la justice
environnementale du monde entier disent jour après jour, c'est tout
simplement vrai : les Noirs, les Marrons et les Autochtones sont les
plus touchés, bien qu'ils aient le moins contribué aux émissions et aux
problèmes généraux de la politique qui nous ont mis dans ce pétrin.
Donc, si vous avez un véritable engagement pour la justice, si vous
voulez réellement créer un monde juste dans un sens pratique, il faut
engager les activités nécessaires pour en construire un et pas
simplement utiliser le mot justice. Ce que cela implique concrètement,
c'est d'intervenir pour modifier la répartition des technologies et la
répartition des richesses qui seront nécessaires pour faire face à la
crise climatique. Et, concrètement, ces différentes répartitions que
vous auriez à gérer finiraient par jeter la technologie et l'allégement
de la dette, ainsi que l'argent et le capital, dans la direction des
endroits qui en ont le moins actuellement, d'une manière qui est
directement liée à toutes les choses qui ont construit notre ordre
actuel. Avez-vous une vision de la justice qui signifie que les
personnes qui ont le moins contribué au problème reçoivent une sorte de
soutien social de la part de tous les autres ? Si vous avez cette
vision, vous avez une vision qui implique déjà pratiquement des
réparations. Que vous aimiez ou non lire \[Frantz\] Fanon n'a rien à
voir avec la question.

\_MF, SS : Dans le cadre des travaux de l'Observatoire Terre-Monde, nous
nous efforçons de repenser nos façons d'habiter la Terre et de faire le
monde, ou les mondes, face aux crises écologiques mondiales. Avec cette
revue et notre approche « pluriverselle », nous voulons contribuer à
décentrer le débat sur l'écologie du Nord global et, avec d'autres
initiatives, encourager les solidarités et les réseaux de conversation à
l'échelle mondiale (y compris entre le Sud et le Sud). Cela
résonne-t-il, pour vous, avec l'emploi très puissant des termes «
worldmaking » \[« faire monde »\] et « worldmaking resistance » dans
votre livre, *Reconsidering Reparations* ? Pourriez-vous nous parler de
la manière dont vous utilisez ces termes et des histoires dont vous vous
inspirez ?

\_OT : J'emprunte le terme « worldmaking » à une de mes collègues, Adom
Getachew. Son livre, *Worldmaking after Empire*, était en partie une
tentative de caractériser la sphère particulière de la politique
internationale des Noirs depuis les décennies les plus actives de la
résistance anticoloniale, essentiellement de la Seconde Guerre mondiale
à 1989, avec peut-être un accent sur les années 60 et 70[^5]. Elle ne
pensait pas aux réparations de la même manière que moi, mais elle
pensait à la construction du monde \[*worldmaking*\] d'une manière qui
m'a beaucoup appris, et sa description de \[Kwame\] Nkrumah et Michael
Manley et \[Gamal Abdel\] Nasser a montré de tous ces personnages qu'ils
ont littéralement essayé de construire un monde différent. Du point de
vue de mes étudiants, c'est un peu difficile à comprendre, parce qu'ils
sont nés après la création de ce monde. Ils sont nés après la guerre
froide. Je suis même né quelques jours après la chute du mur de Berlin.
Je dois donc leur faire comprendre qu'à une époque, il y avait cette
chose appelée la guerre froide. On disait littéralement, il y a trois
mondes : le premier, le deuxième et le troisième. Il s'agissait
explicitement d'une lutte politique, économique, militaire et
idéologique pour déterminer la forme que prendrait le monde. La manière
dominante de parler de cette lutte est celle d'une lutte entre les
États-Unis et, peut-être dans une bien moindre mesure, les alliés des
États-Unis, puis l'URSS et, dans une bien moindre mesure, les alliés de
l'URSS. Mais en fait, il y avait toutes sortes de positions sur ce que
le monde aurait dû être, bien plus que trois. Construire le monde ou
construire un ensemble de mondes, un monde dans lequel de nombreux
mondes peuvent s'intégrer, accomplir cela à une échelle littéralement
planétaire n'était pas seulement une sorte de déclaration de philosophe
aux yeux pleins d'étoiles, c'était un objectif politique concret que les
gens s'efforçaient d'atteindre en toute connaissance de cause. Comme
dans sa réflexion sur la place du Nouvel ordre économique international
dans la politique du tiers-monde, comme dans sa réflexion sur la
solidarité afro-asiatique après la conférence de Bandung, il y a toutes
sortes de points de contact où les gens ont littéralement essayé
d'établir un ordre social à l'échelle de la planète. Et après que le
capitalisme a gagné la guerre mondiale qu'a été la guerre froide, cette
façon de penser n'est plus aussi populaire qu'elle l'était à l'époque.
Ainsi, une partie de ce que je pensais faire dans le livre sur les
réparations, et que je pense faire dans tout, est de dire : c'était
précieux, cette échelle de pensée, cette échelle d'objectif pratique.
Nous nous trompons de leçon si nous pensons que le capitalisme a gagné
la guerre froide parce qu'il était meilleur. Les guerres se gagnent par
les armes et la force, ce ne sont pas des référendums sur ce que devrait
être le monde, ce sont des compétitions entre des personnes de
différents niveaux de force et de ressources. C'est d'ailleurs ce qui
détermine les vainqueurs des compétitions politiques. Mais cela ne
détermine pas les résultats que nous devrions attendre des concours
politiques. Les résultats que les gens souhaitaient dans les années 1960
et 1970 sont les mêmes que ceux que nous devrions souhaiter aujourd'hui
pour la même raison.

\_MF, SS : Ce numéro de *Plurivers* a pour thème la « décoloni­sation du
changement climatique ». Nous aimerions savoir comment cela peut être
interprété du point de vue de votre travail. En 2020, vous avez publié
un article important et très cité sur le site *The Philosopher*,
intitulé « Being-in-the-Room Privilege : Elite Capture and Epistemic
Deference »[^6]. Dans cet article, vous avez critiqué une interprétation
facile de « standpoint epistemology » \[l'« épistémologie du point de
vue »\][^7] et suggéré qu'il était urgent de procéder à des changements
structurels et systémiques plutôt que d'inviter simplement davantage de
porte-parole de groupes marginalisés dans des conversations par ailleurs
élitistes. En d'autres termes, vous avez affirmé que ce qu'il faut
changer, c'est le système social qui marginalise les gens en premier
lieu. C'est un point sur lequel l'Observatoire Terre-Monde est d'accord
dans le contexte d'une « écologie décoloniale » : qui est invité à
participer à la conver­sation générale sur la crise climatique ? Et
quelles sont les questions urgentes plus larges qui sont souvent
occultées par une politique de représentation ? Pourriez-vous préciser
comment l'argument que vous avez avancé dans cet article, ainsi que dans
votre livre *Elite Capture*[^8], est lié à votre travail sur les
réparations et la justice climatique ? Et quels seraient pour vous les
changements structurels les plus urgents à opérer pour répondre aux
crises climatiques ?

\_OT : J'ai beaucoup parlé de la relation entre ces deux livres, mais
j'ai l'impression qu'il m'est difficile de la relier aux outils
idéologiques spécifiques que les États et les entreprises utilisent pour
consolider les politiques climatiques habituelles. Et c'est en partie
parce qu'ils utilisent tellement de techniques différentes. Mais il y a
un ensemble de choses que l'on retrouve d'un contexte à l'autre, ce sont
ces différents types de « -washing ». On parle de « green­washing », «
artwashing », « pinkwashing » dans certains cas, comme l'«
homonationalisme »[^9]. Il y a toutes sortes de termes utilisés pour
décrire cette chose. Mais ils ne font qu'exploiter le fait que l'on peut
montrer aux gens quelque chose d'autre que ce qui se passe. On peut
produire des militants climatiques qui nous ressemblent, quelle que soit
la version du « nous » avec laquelle nous travaillons, que ce « nous »
soit basé sur le sexe, la nationalité, la race ou la religion. Ils
peuvent produire quelqu'un qui vous ressemble et qui dit ce que les
responsables ont dit, ou qui n'est même pas d'accord avec ce que les
responsables disent, mais ils vous offrent cette catharsis d'entendre
une critique plutôt que de changer réellement les pratiques qui invitent
à la critique. La capacité de cette phase de la politique à absorber
l'opposition à elle-même est donc assez illimitée. Et la raison en
revient à ce dont nous avons parlé plus tôt : les problèmes
idéologiques, les critiques morales, les critiques politiques du statu
quo n'avaient pas seulement des implications optiques ou cosmétiques
pendant la guerre froide. Il s'agissait de vulnérabilités militaires
potentielles : si vous étiez aux États-Unis et que vous défendiez le
communisme, ou si vous étiez en URSS et que vous défendiez le
capitalisme, cette expression de désaccord aujourd'hui pouvait devenir
une mine de renseignements le jour d'après. Et ces États ont réagi en
conséquence. Maintenant que le capitalisme n'a plus d'alternatives
interventionnistes, maintenant qu'il n'y a plus le même niveau de lutte
pour définir les termes de la politique mondiale, toutes ces formes de
conversation, de discours, sont beaucoup moins intimidantes et beaucoup
plus faciles à coopter par les pouvoirs en place, et plus faciles à
ignorer. Si vous êtes le genre de personne capable de lancer un missile
balistique intercontinental, dans quelle mesure vous sentez-vous
concerné par ce qui se passe dans les revues universitaires ? Peut-être
un peu ? Probablement pas tant que ça. Vous avez probablement d'autres
chats à fouetter, comme on dit.

\_MF, SS : C'est vrai, même si la perception de ce qui se passe dans le
monde universitaire en France est différente de celle aux États-Unis.
Nous sommes sûrs que vous en avez entendu parler, mais de temps en
temps, il y a une critique publique des universitaires qui s'engagent
dans la décolonisation, la réparation, les études de genre, la
résistance et l'antiracisme. Et pourtant, la France peut encore envoyer
un missile intercontinental. Mais il y a cette idée française de ce
qu'est la France qui est liée à l'« honneur » français. Et il y a aussi
le républicanisme français : si un universitaire parle de «
décolonialité », il est souvent considéré comme séparatiste, déloyal
envers l'État. Mais au moins, la théorie de la race critique \[*critical
race theory*\] ou les études de genre ne sont pas interdites dans les
universités.

\_OT : Les exemples dont vous parliez sont vraiment intéressants, et
très liés : ce sont de bons exemples du genre de choses que je décrivais
dans l'article « Being-in-the-Room », où nous confondons les enjeux
internes de la dynamique de notre mouvement avec les enjeux politiques
externes. Les manifestants pour le climat discutent entre eux pour
savoir si les organisateurs ­racisé·e·s doivent marcher à l'avant ou à
l'arrière. Mais dans tous les cas, l'État et les entreprises disposent
de techniques efficaces pour annuler le contenu de ce que disent ces
marches pour le climat des Noirs et des Marrons. Si vous les mettez à
l'arrière, ils diront : « Oh, le mouvement pour le climat est pour les
hippies riches et aisés ». Si vous les placez au premier plan, ils les
paieront ou les coopteront ou les qualifieront d'irrationnels, ou les
deux. Ils paieront une société de conseil pour poursuivre une stratégie
et une autre pour prouver l'autre stratégie ; il n'y a aucun désir ou
besoin de cohérence de leur part. La seule chose dont ils ont besoin
pour faire concorder leurs stratégies n'est pas un principe moral, mais
le taux de rendement des portefeuilles qu'ils défendent. Et tandis que
les marcheurs ­racisé·e·s pour le climat défilent à l'avant ou à
­l'arrière, nous brûlons toujours du charbon, la quantité d'émissions de
carbone continue d'augmenter et les terres qui sont « conservées » pour
atteindre les objectifs climatiques sont toujours des terres Maasaï ou
des terres où vivent des peuples Autochtones. Toutes les répartitions
matérielles concrètes de ceux qui profitent et de ceux qui sont tués ou
accablés par la crise climatique elle-même ou par la voie particulière
de la transition énergétique que nous avons empruntée pour soi-disant
lutter contre la crise climatique -- toutes ces répartitions vont
encore, pour la plupart, dans les mêmes directions qu'il y a 20 ans. Des
progrès ont été accomplis, notamment en ce qui concerne l'adoption de
l'énergie solaire, qui évolue dans une direction positive. Il y a au
moins quelques subventions pour électrifier les transports publics plus
rapidement, l'UE \[Union européenne\] a été meilleure à ce sujet que
nous ici aux États-Unis. C'est ce qui se passe, donc je ne veux pas dire
qu'il n'y a pas eu de progrès. Mais il n'y a certainement pas eu le
genre de progrès qui nous intéresse, ou que les gens méritent.

\_MF, SS : Dans *Reconsidering Reparations*, vous incluez une citation
de Harry Belafonte, qui nous a quittés avant-hier, comme épigraphe au
chapitre « What's Next : Why Reparations Require Climate Justice » \[«
Pourquoi les réparations nécessitent une justice climatique »\]. Il y
fait référence à une discussion qu'il a eue avec Martin Luther King, qui
lui a dit : « Je suppose que nous allons devoir devenir des pompiers ».
Nous pourrions comparer cela à un extrait très souvent cité d'un
discours de Malcolm X, dans lequel il dit qu'une maison brûle, qu'il y a
le Nègre de la maison et le Nègre du champ, et que le Nègre du champ
dit : « Eh bien, laissons-la brûler ». Si vous mettez les deux
ensembles, on peut se demander : en considérant spécifiquement
l'histoire de l'exclusion des Noirs, des Marrons et des Autochtones des
discussions sur la justice climatique, des ONG, des positions de
visibilité, de pouvoir, de prise de décision... comment peut-on
convaincre des gens qui ont déjà été privés de leurs droits ? Comment
peut-on dire : « D'accord, vous devriez vous engager, vous devriez agir,
vous devriez aussi être un pompier ? ».

\_OT : Cela résonne vraiment avec beaucoup de conversations que j'ai
eues. En 2023, je ne rencontre pas autant de scepticisme que lorsque
j'ai commencé à travailler sur ce sujet en 2019. Donc, même dans ce
court laps de temps, il y a eu un changement, mais même aujourd'hui, les
gens se disent : « Pourquoi devrions-nous nous intéresser à cela ? C'est
le problème de quelqu'un d'autre, c'est la faute de quelqu'un d'autre.
Et quelqu'un d'autre devrait s'en occuper. Nous avons d'autres problèmes
plus urgents à régler ». Et la première chose que j'ai tendance à dire,
c'est que je ne sais même pas si c'est faux. Si vous vivez dans une
communauté où le niveau des soins de santé est faible, où la violence
armée est élevée, où les services publics sont coupés, je ne vais pas
dire à cette personne : « Hé, il faut que tu étudies, il faut que tu
laisses tomber ces choses et que tu te concentres sur le fait d'avoir ou
non de l'énergie solaire ». Ce n'est pas ma politique. Je pense qu'il y
a une version de cette plainte avec laquelle je suis d'accord. Je
n'avais jamais entendu cette juxtaposition de ces deux citations
auparavant. J'aime beaucoup cela. La citation de Malcolm X, « la maison
du maître brûle ; qu'en pensez-vous ? », et celle du Dr King, « nous
devons devenir des pompiers ? » Je pense que l'une des raisons pour
lesquelles je trouve cette juxtaposition si intéressante, c'est qu'il y
a un niveau de politique où je pense que Malcolm X décrit la réponse
appropriée. Si nous parlons de l'hégémonie et de la centralité des
États-Unis dans le système mondial, je pense que vous commettez une
erreur politique fondamentale, du moins si votre politique est organisée
autour de la libération des Noirs, si vous pleurez la perte de
l'hégémonie des États-Unis. Je ne pense pas être en désaccord avec la
personne qui se demande ce que les Noirs des États-Unis ont à gagner si
les États-Unis sont au centre des choses. Mais ce qui est différent dans
la crise climatique, c'est qu'elle n'affecte pas uniquement les
décideurs en matière de climat. La crise climatique, l'effondrement
écologique au sens large, est un fait qui affecte la planète. Ce n'est
pas la maison des maîtres, vous vivez vraiment ici. Et c'est ce que j'ai
essayé de faire comprendre aux gens avec ­l'analyse au niveau des
systèmes mondiaux : il est littéralement vrai, d'un point de vue
écologique, que les émissions en Chine, dans la mesure où elles
contribuent au réchauffement climatique, affectent matériellement votre
réalité ailleurs. Il n'est pas nécessaire d'avoir une relation
personnelle avec quelqu'un là-bas qui décide de ce que les usines
doivent émettre dans l'air, pour qu'il y ait une relation de cause à
effet directe entre leur activité et les circonstances de votre vie. Je
pense que le type d'anti-intellectualisme contre lequel je m'élève n'est
pas l'objection à la réflexion sur la crise climatique à partir des
priorités. Vous pouvez très bien avoir de meilleures priorités dans
votre situation particulière. Il n'y a pas de problème. Mais l'idée que
les seuls systèmes politiques dont vous devriez vous préoccuper sont
ceux avec lesquels vous avez une relation personnelle, ceux qui
apparaissent de manière reconnaissable dans votre relation personnelle,
n'est tout simplement pas compatible avec l'autodétermination dans un
monde qui, en fait, présente le type de complexité que nous connaissons.
Et c'est un autre aspect de ce à quoi je m'oppose, au-delà de la
fétichisation du traumatisme, dans les essais où je m'oppose à cette
sorte de focalisation excessive sur l'expérience vécue. Personne ne vit
les taux d'intérêt fédéraux comme on vit un coup de poing au visage. Ce
n'est pas le genre de chose que sont les taux d'intérêt fédéraux. En
revanche, il est tout à fait vrai que les choses que vous vivez, comme
le chômage, comme l'augmentation des niveaux de violence due à la
détérioration des conditions sociales, ont des liens que nous pouvons
comprendre si nous étudions et prêtons attention et réfléchissons à des
choses qui dépassent notre expérience immédiate, et qui ont un rapport
indirect avec les taux d'intérêt des banques. Si l'on ne privilégie que
les choses dont les gens font l'expérience, ce que l'on fait
fonctionnellement, c'est confier les rênes des conditions de possibilité
de l'expérience des gens aux personnes qui vont en fait prendre ces
décisions sur ce que le reste d'entre nous va vivre. Si vous faites
confiance à la Réserve fédérale pour décider à votre place du niveau de
chômage dans votre communauté, vous devez adopter une politique qui leur
laisse le soin de le faire. Mais si vous ne voulez pas qu'il en soit
ainsi, si vous voulez avoir quelque chose qui ressemble à un contrôle
démocratique sur les expériences de votre vie, vous devez avoir dans
votre réseau de confiance, dans votre « nous » collectif, quelqu'un qui
y prête attention. Il n'est pas nécessaire d'être la personne qui étudie
les taux d'intérêt, tout comme il n'est pas nécessaire d'être la
personne qui connaît la plomberie, ou la personne qui connaît la
médecine, mais vous devriez probablement être prêt à consulter un
médecin. Je pense qu'il en va de même pour la crise climatique. Et de la
politique climatique.

\_MF, SS : Merci pour votre temps, Femi.

\_OT : Merci beaucoup de faire cela.

[^1]: Mia Mottley, Première ministre de la Barbade, a demandé à
    plusieurs reprises des réparations. Elle a aussi souligné le lien
    entre l'esclavage et le changement climatique.

[^2]: La CARICOM, la Communauté des Caraïbes, est un groupe de vingt
    pays qui s'étend des Bahamas au Nord jusqu'au Suriname et à la
    Guyane en Amérique du Sud
    (https://caricom.org/our-community/who-we-are/). La Commission des
    réparations de la CARICOM, créée en 2013, a élaboré un plan de
    réparation en 10 points
    (https://caricomreparations.org/caricom/caricoms-10-point-reparation-plan/)

[^3]: <https://www.ddesschool.com/>

[^4]: Beckles, Hilary McD, *How Britain Underdeveloped the Caribbean : A
    Reparation Response to Europe's Legacy of Plunder and Poverty*,
    Kingston, University of the West Indies Press, 2021.

[^5]: Getachew, Adom, *Worldmaking after Empire : The Rise and Fall of
    Self-Determination*, Princeton, Princeton University Press, 2019.

[^6]: Táíwò, Olúfẹ́mi O., « Being-in-the-Room Privilege : Elite Capture
    and Epistemic Deference », *The Philosopher*, vol. 108, N° 4, 2020,
    <https://www.thephilosopher1923.org/post/being-in-the-room-privilege-elite-capture-and-epistemic-deference>

[^7]: Comme le note Táíwò dans « Being-in-the-Room Privilege »,
    l'*International Encyclopedia of Philosophy* résume la théorie
    féministe du « point de vue situé » comme suit : 1) La connaissance
    est socialement située ; 2) Les groupes marginalisés sont
    socialement situés ce qui les rend plus à même d'être au courant de
    certaines situations et de poser certaines questions que les groupes
    non marginalisés ; 3) Les recherches qui s'intéressent aux relations
    de pouvoir doivent commencer par la vie de ces personnes
    marginalisées. Voir <https://iep.utm.edu/fem-stan/>

[^8]: Táíwò, Olúfẹ́mi O., *Elite Capture : How the Powerful Took Over
    Identity Politics (And Everything Else)*, New York, Haymarket Books,
    2022.

[^9]: En ce qui concerne l'« homonationalisme » et le « pinkwashing »,
    voir Puar, Jasbir K., *Terrorist Assemblages : Homonationalism in
    Queer Times*, Durham, Duke University Press, 2007.
