---
author:
- Catalina Toro Pérez
date: 2026-09-07
lang: fr
rights: "CC BY-NC-SA 4.0,
  https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/deed.fr"
source: "https://plurivers.net/revue-plurivers-1/neocolonialisme-capitalisme-de-catastrophe-et-depossession-culturelle-et-territoriale.html"
subtitle: Le cas de l'ouragan Iota à Old Providence (Colombie)
title: Néocolonialisme, capitalisme de catastrophe et dépossession
  culturelle et territoriale
---

::: traducteurices
Traduit de l'espagnol par Mathilde Baterosse
:::

::: biography
Je suis une architecte colombienne née à Medellin. J'ai commencé à
travailler sur l'île de Providence, une île colombienne située dans la
mer des Caraïbes, au milieu des années 1980, avec des charpentiers et
des constructeurs de maisons et de bateaux traditionnels en bois. J'ai
aussi vécu avec une communauté de pêcheurs, de marins et de capitaines
de navire sur l'île adjacente de Santa Catalina, ce qui m'a permis
d'apprendre à connaître leur culture, leurs techniques de pêche
ancestrales et leurs méthodes de construction collectives
traditionnelles dans un contexte de vulnérabilité climatique. J'ai
participé aux mouvements de lutte contre le processus de colonisation
culturelle colombienne (colombianisation) dans les îles et, en 2000,
étant alors doctorante en sciences politiques, j'ai pu soutenir le
processus de reconnaissance des îles en tant que réserve de la biosphère
à l'UNESCO. Je soutiens également la communauté "Raizal", le peuple
afro-colombien qui habite ces îles, dans sa lutte contre l'implantation
de mégaprojets touristiques, militaires et pétroliers depuis les années
1990. Je suis aussi conseillère auprès de l'Autorité Raizal et
chercheuse à l'antenne caribéenne de l'Université nationale de
Colombie.\
Depuis le passage de l'ouragan Iota en novembre 2020, je participe au
"Camp pour la dignité" organisé par la fédération des pêcheurs, des
agriculteurs, des charpentiers et de la diaspora Raizal pour défendre
les droits environnementaux et culturels bafoués au cours du processus
de reconstruction. Enfin, je participe actuellement au projet "Disaster
Capitalism, in the Caribbean Region : Networking, Sharing and Learning
from Community Responses" qui vise à développer un réseau d'acteurs,
d'activistes et d'universitaires qui s'attaquent au capitalisme de
catastrophe dans la région Caraïbe.
:::

Cet article vise à présenter dans un premier temps les principaux
éléments théoriques et conceptuels du "capitalisme de catastrophe" et
ses manifestations dans la Caraïbe dans un contexte néocolonial. En me
basant sur le cas de l'ouragan Iota qui a frappé l'île de Providence en
novembre 2020, je présenterai dans un premier temps les conséquences
d'une gestion centralisée et bureaucratique de l'État qui a exclu la
population locale du processus de reconstruction. J'expliquerai ensuite
comment les décisions politiques de l'État colombien après l'ouragan ont
porté atteinte aux droits du peuple Raizal. Je terminerai cet article
par un compte rendu de la convocation du "Tribunal international des
catastrophes"[^1], un tribunal de justice populaire auquel j'ai
participé en tant que commissaire pour présenter le cas de Providence, à
Quito (Équateur) en 2022. C'est à cette occasion que Josefina Huffington
et Edgar Jay, dirigeants et activistes de Providence, ont pu clairement
exprimer les revendications et la demande de justice de la population de
Raizal. Josefina Huffington est une dirigeante raizalienne de la
Veeduría Cívica (Veille Civique) de Providence, un mouvement social
local. Edgar Jay est président de la fédération des pêcheurs et
fondateur de I-fish, une association de pêcheurs.

# Capitalisme de catastrophe, ouragans et néocolonialisme dans la Caraïbe

Le "capitalisme de catastrophe" est défini comme l'exploitation des
catastrophes naturelles ou anthropiques telles que les ouragans et les
tremblements de terre, les guerres et les crises économiques, par des
sociétés financières, touristiques et immobilières, au mépris des
intérêts et des traditions ancestrales des communautés locales[^2]. Ce
terme, introduit par Noemi Klein dans son célèbre ouvrage *La stratégie
du choc*, désigne la manière dont les classes dirigeantes, les
entreprises et les gouvernements se servent, directement ou
indirectement, des catastrophes et de leurs risques pour réformer les
systèmes d'éducation et de santé et, d'une manière générale, pour
transformer la vie des populations locales restées sur place[^3]. Elle
explique que la combinaison de la peur et du désordre offre la
possibilité de faire disparaître des sociétés et d'en construire de
nouvelles, plus conformes au modèle du marché capitaliste. Les cas du
coup d'État chilien, de l'invasion de l'Irak et de l'ouragan Katrina à
la Nouvelle-Orléans donnent un aperçu de ces tentatives de
transformation des sociétés à travers la gestion des catastrophes.

Ces catastrophes sont des situations extrêmes qui imposent des
changements dans les pratiques, les parcours et les habitudes de vie.
Les catastrophes climatiques créent des "zones de sacrifice" là où elles
se produisent et aggravent l'impact des activités anthropiques. Les
glissements de terrain, les inondations, les barrages fluviaux, les feux
de forêt et les marées noires modifient les relations entre les humains
et la nature. Sur le plan politique, la "gestion des risques" favorise
les abus, les mesures arbitraires et la corruption, ayant de lourdes
conséquences sociales et territoriales[^4]. Les phénomènes naturels
extrêmes tels que les tremblements de terre, les tsunamis ou les
ouragans provoquent des catastrophes qui impactent profondément les
populations les plus vulnérables. La plupart du temps, ces évènements
affectent l'activité économique du territoire concerné ainsi que la
façon dont l'État gère ce territoire. Les conséquences d'une catastrophe
sont multiples : décès, déplacements et déchirure du tissu social, perte
de logement, perte de repères identitaires, perte de patrimoine matériel
et immatériel[^5], infrastructures routières, santé, éducation, sécurité
alimentaire, manque d'attention portée aux personnes âgées, aux femmes,
aux enfants et aux autres personnes vulnérables. L'État est responsable
de la gestion de toutes ces problématiques. Selon les lois
internationales, "l'État est responsable de la préparation, de la
gestion, du redressement et de la reconstruction en cas de
catastrophe"[^6].

Les catastrophes, de plus en plus fréquentes et intenses, sont présentes
dans la vie quotidienne de l'humanité du XXIe siècle : la décennie
1990-2000 a été déclarée par les Nations unies "Décennie internationale
de la prévention des catastrophes naturelles"[^7]. Les perturbations
climatiques affectent la fréquence des tempêtes et des ouragans dans le
Golfe du Mexique et dans la Caraïbe. Plusieurs études du Groupe
d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC)
expliquent qu'à mesure que les eaux se réchauffent (dans l'Atlantique,
elles ont augmenté de deux à quatre degrés), la fréquence des catégories
supérieures d'ouragans (3 à 5) augmente[^8]. Ils affirment par ailleurs
que plus l'air se réchauffe, plus il contient de vapeur d'eau, ce qui
intensifie les vents et les précipitations. La fonte croissante de
l'Arctique associée aux niveaux actuels d'émissions de gaz à effet de
serre est une autre explication possible de cette intensification des
catastrophes naturelles, qui n'a pas encore été entièrement prouvée,
elle entraînerai des blocages dans la circulation atmosphérique,
produisant, comme dans le cas des ouragans Harvey et Irma en 2017, des
conséquences catastrophiques : inondations majeures, pertes de vies
humaines, contamination des nappes phréatiques et des sols, et perte
d'habitats pour les poissons, les oiseaux et les plantes.

La gestion post-catastrophe des populations locales a des conséquences
de plus en plus dévastatrices dans la Caraïbe. L'aide internationale et
étatique, au lieu de servir à la construction collective d'alternatives
prenant en compte la voix des personnes affectées, est utilisée pour
renforcer la domination, de subordination et d'exploitation des peuples
et des territoires, s'inscrivant ainsi dans la tradition historique des
pratiques colonialistes du capitalisme racial dans les îles
Caraïbes[^9].

Les cas de l'ouragan Katrina, à la Nouvelle-Orléans en 2005 où plus de
70% de la population a été déplacée, et du tsunami au large du Sri Lanka
en 2004 qui a permis à des "promoteurs touristiques" d'occuper les
terres de millions d'habitants déplacés, nous permettent d'élargir notre
analyse du capitalisme de catastrophe dans la Caraïbe. À Haïti, on
constate que l'inégalité, l'oppression, l'exclusion et la domination se
sont renforcées suite au tremblement de terre de 2010, où plus de 250
000 personnes ont perdu la vie, plus de 40 000 professionnels haïtiens
ont émigré et plus de 1,5 million de personnes se sont retrouvées sans
abri après la mise en place de la Mission des Nations unies pour la
stabilisation à Haïti (MINUSTAH). Les tempêtes tropicales qui ont suivi
le tremblement de terre ainsi que l'épidémie de choléra provoquée par
l'ONU ont amplifié la situation de dépendance vis-à-vis des États-Unis.
Cela a permis à un État colonial, raciste et extrêmement excluant, qui
profite de l'occupation militaire pour "faire régner l'ordre" de marquer
le territoire haïtien comme étant sa propriété[^10]. A Barbuda en 2017,
après le passage de l'ouragan Irma, l'île fut placée sous occupation
militaire, les habitants ont été obligés d'abandonner leurs maisons et
de quitter leur île. Les centres médicaux et les écoles n'ont jamais
reconstruits. En revanche, le gouvernement a vendu la citoyenneté à des
millionnaires américains qui ont transformé l'île en une nouvelle
destination touristique[^11]. À Puerto Rico, des contrats ont été
accordés à des entreprises privées pour reconstruire le réseau
électrique, notamment Whitefish Energy, qui a été critiquée pour son
manque de transparence et qui a tenté d'installer une base militaire à
Vieques. En Dominique comme à Barbuda, des passeports ont été vendus à
des millionnaires pour les inciter à investir dans de grands projets
hôteliers. Sans oublier que dans plusieurs îles comme Puerto Rico et
Barbuda, l'accès à la nourriture, à l'eau potable et à l'essence a été
restreint pour la population locale uniquement, obligeant plus de 70%
des habitants à abandonner leurs terres, générant ainsi un impact
économique énorme et dégradant encore davantage les conditions de vie
sur place. On comprend alors que ce type de gestion politique de
catastrophe vise l'occupation et à la dépossession économique, sociale
et territoriale, dévaste les peuples et les cultures sous couvert d'aide
humanitaire. À Monserrate, par exemple, le gouvernement britannique a
profité de l'éruption volcanique de 1997 pour restreindre l'accès à
certaines zones de l'île et lancer un projet de tourisme de luxe[^12].

# La violation des droits du peuple Raizal après le passage de l'ouragan Iota à Providence

Le 16 novembre 2020, dans les îles colombiennes des Caraïbes, plus
précisément dans l'archipel de San Andres et Providence, l'ouragan Iota,
une tempête cyclonique de catégorie 5, a détruit 98 % des bâtiments de
l'île d'Old Providence. "L'ingérence humanitaire" de l'État colombien,
qui a concentré et détourné l'aide humanitaire, fait ressortir les
limites d'une intégration historique forcée qui a imposé une culture
andine et hispanique ainsi qu'un modèle économique capitaliste excluant
et raciste, sur fond de politique coloniale d'intégration nationale
discutable et répressive.

Le peuple Raizal de l'archipel de San Andrés, Providence et Santa
Catalina, dans les Caraïbes occidentales, habitait un vaste territoire
marin de plus de 350 km2, comprenant plusieurs îlots et bancs de sable
(Roncador, Quitasueño, Albuquerque, Serrana et Serranilla) à seulement
220 km de la côte caraïbe nicaraguayenne et à 775 km de la côte
colombienne. Il partage avec ses voisins des Caraïbes côtières et
insulaires du Nicaragua, du Costa Rica, du Panama et du Honduras, une
culture indigène afro-anglo-caribéenne séparée par les frontières
poreuses des États-nations des Caraïbes mais unie par la pratique
ancestrale de la navigation et de la pêche. Le peuple Raizal est lié à
cette région cosmopolite des Caraïbes occidentales, qui est encore
habitée aujourd'hui par de nombreux peuples indigènes qui, dans les
temps anciens, naviguaient dans ces îles pour pêcher la tortue.

La première colonie connue de Providence date de 1629. Elle fut établie
par les puritains anglais, arrivés à bord du navire *Seaflower*, à cette
époque, l'île était reconnue comme un territoire de l'empire espagnol.
Dix ans plus tard, le *Mayflower* débarquait dans la baie du
Massachusetts, où fut fondée New Providence, l'une des premières
colonies anglaises de ce qui allait devenir la Nouvelle-Angleterre.
Telle une forteresse naturelle, le port de Providence, protégé par un
long récif corallien, constitue un lieu stratégique pour l'organisation
des plantations de tabac et de coton[^13] que la Providence Island
Company souhaitait implanter sur la côte ouest afin de diviser le
territoire colonial de l'empire espagnol et de créer de nouvelles
colonies protestantes anglophones en Amérique centrale. Cette région,
situé sur l'une des routes de navigation principale des Espagnols, fut
ensuite envahie par les boucaniers et les pirates qui pillaient les
bateaux transportant de l'or en provenance de Carthagène comme le fameux
capitaine Henry Morgan qui disposait d'une licence de corsaire délivrée
par la reine Élisabeth I et la marine anglaise[^14]. Les puritains
anglais ne resteront que onze ans, jusqu'en 1641, avant d'être délogés
par la marine espagnole, qui obtiendra la reconnaissance d'une nouvelle
domination sur les îles en 1786.

Les premiers Raizales reconnus comme les habitants originels des îles,
d'origine anglo-africaine, sont les esclaves des plantations de coton
fondées au milieu des XVIIe et XVIIIe siècles à San Andrés. Malgré la
reconquête espagnole et les conflits impérialistes, un important
héritage culturel caribéen imprègne cette région, aussi bien au niveau
culturel et spirituel que linguistique, qui contraste avec la Grande
Colombie hispanique. En 1822, l'adhésion "volontaire" des îles à la
nation colombienne marque le début de ce que les insulaires nomment la
colonisation interne ou "colombianisation" qui se caractérise par
l'imposition et la subordination au modèle culturel, institutionnel,
économique, touristique, commercial et militaire de la région andine.
L'un des évènements qui affectera le plus le peuple Raizal au XXe siècle
sera la politique de surpopulation continentale qui entraînera la
migration d'une partie de la population continentale vers les îles et la
dépossession de leur territoire et impactera leur autonomie[^15]. Avec
cette politique, une stratégie d'assimilation culturelle du peuple
Raizal au mode de vie continental sera mise en œuvre, en particulier sur
l'île de San Andrés, car les nouveaux colons chercheront à reproduire et
à imposer des pratiques socio- culturelles et des modèles d'urbanisation
du continent, étrangers au territoire Raizal. Des mécanismes de
domination culturelle associés aux systèmes éducatifs en espagnol et à
la religion catholique, ainsi qu'aux structures administratives du
gouvernement, seront mis en place.

La défense de la langue, de la culture et de l'architecture créoles vont
être utilisés par le peuple Raizal comme mécanismes de résistance et de
confrontation avec l'État colombien. Constatant l'impact de la
colombianisation sur l'île de San Andrés, la communauté s'est opposée à
l'implantation d'un aéroport et de projets touristiques sur l'île de
Providence et a réussi à défendre son territoire. Mais L'ouragan Iota
fut l'excuse parfaite pour remettre en question l'occupation du
territoire. La gestion de catastrophe après l'ouragan Iota imposera de
force ce processus de colombianisation et de colonisation de la culture,
qui refuse pourtant de disparaître.[^16].

Des textes juridiques internationaux relatifs aux droits de l'homme,
tels que la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones (2007) [^17], ont reconnu les injustices historiques
auxquelles le peuple Raizal a été confronté en raison de la
"colombianisation" du territoire qui constitue une atteinte au droit du
peuple à l'autodétermination et à l'autogestion. La politique de
migration de la population du centre du pays vers les îles
s'intensifiant, l'île de San Andrés deviendra l'une des plus densément
peuplées des Caraïbes, faisant du peuple de Raizal une minorité sur son
propre territoire. Cette appropriation du territoire insulaire marque le
début d'un processus de de déterritorialisation qui aura lieu au cours
du XXe siècle et touchera les domaines du développement touristique et
commercial. Le modèle du port franc qui sera mis en place va accélérer
l'incorporation de l'archipel à l'économie nationale et l'imposition
d'un régime politique, administratif et éducatif en langue espagnole
géré depuis Bogota, ce qui aggravera le conflit et la résistance du
peuple Raizal installé dans des noyaux culturels et religieux
anglophones et créolophones[^18]. Sur l'île de Providence, qui avait
résisté au modèle de colonisation imposé à San Andrés au cours du XXe
siècle, l'ouragan Iota fut l'occasion pour l'État de mettre en œuvre un
processus de dévastation culturelle, en déniant à la population le droit
de disserter, de proposer et de décider de l'orientation du plan de
reconstruction de son tissu social, culturel et territorial.

Au lendemain de la catastrophe, l'État colombien a d'abord décidé
d'occuper militairement les îles et d'utiliser les dons nationaux et
internationaux pour financer le déplacement de fonctionnaires, de
militaires et de policiers venus de Bogota, et a ordonné le déplacement
de toute la population de l'île de Providence. Face au refus de la
population de quitter l'île, le gouvernement a décidé d'aggraver leurs
conditions de vulnérabilité en reconstruisant plusieurs hôtels pour
loger les policiers, les militaires et les fonctionnaires et en
réduisant l'accès à l'eau potable, à la santé et à l'alimentation de la
population locale, violant ainsi les droits fondamentaux (propriété
foncière, logement, éducation, culture, services publics) du peuple
Raizal. La plupart d'entre eux ont dû vivre pendant un ou deux ans sous
des tentes, notamment les personnes âgées, privées de soins adéquats,
d'autres ont dû partir. Aujourd'hui, trois ans plus tard, l'île ne
dispose toujours pas d'hôpital ni de bâtiments scolaires.

L'expansion rapide des mégaprojets d'infrastructure (dragage des fonds
marins pour l'entrée de grands navires), les nouveaux projets
touristiques, l'achat de terrains, l'expansion du port et de l'aéroport
pour accroître l'accès au tourisme de masse, ainsi que le projet de
construction d'une nouvelle base militaire, provoque la résistance de la
population, qui réussira à empêcher la construction de la base militaire
dans la coopérative de pêcheurs, et la nouvelle tentative de
réintégration forcée. Ces conflits ont cependant affecté les conditions
économiques, sociales, environnementales, culturelles et territoriales
d'une population qui s'est historiquement battue pour la défense de son
patrimoine culturel. Une nouvelle ingérence "humanitaire", cette fois de
la part de conglomérats de construction de logements urbains populaires,
imposera des matériaux et des projets architecturaux étrangers à la
culture insulaire, aggravant les conflits liés à la défense du
patrimoine culturel, matériel, émotionnel, physique et immatériel et de
leurs droits à l'autodétermination dans les territoires ancestraux des
Caraïbes occidentales.

Le processus de reconstruction des infrastructures de l'île n'a eu
aucune considération pour l'architecture Raizal, qui est basée sur des
techniques de construction que le peuple a perfectionnée pendant 500
ans, et dont plusieurs bâtiments patrimoniaux restés debout ont été
démolis dans le processus de reconstruction. La Veille Civique d'Old
Providence a été créée, au nom du peuple Raizal des îles de Providence
et de Santa Catalina pour demander la protection des droits fondamentaux
du peuple Raizal à un logement décent, à l'eau potable, à
l'assainissement de base, à un environnement sain, à la santé, à l'accès
à l'information publique, à la consultation préalable et à l'identité
culturelle. Après avoir perdu en première et deuxième instance, en
décembre 2022 la Cour constitutionnelle, par le biais du Contrôle
Constitutionnel, a révoqué la sentence et ordonné la protection des
droits à l'autodétermination du peuple Raizal de Providence, au motif
que la présidence de la République, l'Unité nationale de gestion des
risques de catastrophes (UNGRD), le ministère de l'Intérieur et le
ministère du Logement ont violé ces droits dans la planification et
l'exécution du plan global de reconstruction des îles de Providence et
de Santa Catalina. Actuellement, les îles travaillent sur le processus
de reconstruction avec le nouveau gouvernement.

L'effet combiné de l'impact de l'ouragan Iota et du COVID 19, en tant
que crise du modèle anthropogénique, a aggravé la situation de
dépendance envers le continent. Le modèle historique de développement
colonial, qui touche au droit à l'alimentation, à la justice écologique
et climatique a empêché les échanges de connaissances et d'expériences
entre les différents peuples des Caraïbes qui partagent pourtant des
savoirs et des ontologies alternatives au modèle de développement
national-colonial.

La reconstruction des îles de la Caraïbe et de leur patrimoine culturel
et environnemental, et le dialogue entre les peuples caribéens, requiert
au préalable une discussion critique et une problématisation des
politiques coloniales de reconstruction, ainsi que des politiques
"d'ingérence humanitaire" dans un contexte de vulnérabilité climatique
extrême, à travers des initiatives de justice climatique et de la
défense du patrimoine culturel et social des peuples de la Caraïbe
insulaire et côtière. L'autodétermination des peuples et la valeur
sociale et symbolique de leur patrimoine architectural, reconnu par
l'UNESCO[^19], qui comprend une dimension historique et affective, n'ont
pas été prises en compte dans le processus de reconstruction des îles.

# La voix des habitants de Providence au Tribunal international des catastrophes, Quito, 2022

Le cas d'Old Providence fut présenté au Tribunal éthique international
sur les catastrophes, qui s'est tenu à Quito le 18 octobre 2022,
organisé par Acción Ecológica (Action écologique) et Fundación
Pro-defensa de la Naturaleza y sus Derechos (Fondation de défense de la
Nature et de ses Droits). Les cas ont été présentés au tribunal et les
voix des dirigeants de la Veille civique et de la Fédération des
pêcheurs de Providence, dont Josefina Huffington et Edgar Jay font
partie, ainsi que celles des communautés affectées, des universitaires
et des activistes ont été entendues, ce qui a permis d'aboutir à un
Dictum final.[^20]. Les demandes des communautés y ont été recueillies
et présentées aux différents gouvernements[^21]. Sur l'île de
Providence, nous avons recueilli les déclarations des dirigeants qui ont
été présentées au Tribunal et, à partir des réunions, des entretiens et
des documents de travail, nous avons fait une proposition au Tribunal.

Voici les demandes de la population de Providence présentées au Tribunal
international des catastrophes :

1.  Que le droit à l'autodétermination du peuple Raizal et de sa
    diaspora dans leur processus de reconstruction soit respecté et que
    le territoire marin et insulaire de l'archipel de San Andrés et
    Providence soit reconnu en tant que territoire ethnique.

2.  Que des mesures préventives de gestion du climat soient mises en
    place en articulant les connaissances traditionnelles du peuple
    Raizal et de la science et que l'action climatique soit intégrée à
    l'aménagement du territoire, conformément aux principes de la
    réserve de biosphère de l'archipel.

3.  Que l'initiative de la Grande réserve de Biosphère "Seaflower" soit
    soutenue par les peuples de la Jamaïque, du Honduras, du Nicaragua,
    de la Colombie, du Costa Rica et du Panama, grâce à leurs
    savoir-faire, en gestion de l'environnement et à leurs pratiques
    d'écologie populaire dans les Caraïbes occidentales, dans
    l'écosystème côtier et marin le plus riche en biodiversité de
    l'hémisphère occidental, afin de faire face aux crises
    environnementales, alimentaires et climatiques.

4.  Que les maisons patrimoniales, les bâtiments publics, les écoles,
    les hôpitaux et les infrastructures de communication soient
    reconstruites et que l'accès à l'eau potable soit garanti en
    utilisant les savoir-faire ancestraux des habitants de San Andres et
    d'Old Providence.

5.  Que le patrimoine esthétique, social et culturel ainsi que les
    valeurs historiques, l'intégrité, l'authenticité et la véracité
    culturelle du patrimoine en bois soient préservés et protégés afin
    de maintenir l'esprit de la culture caribéenne. Que les traditions
    uniques d'architecture combinées à des techniques anti-ouragan et
    anti-sismiques soient sauvegardées, préservant ainsi des espaces et
    des ensembles historiques, des expressions et des manières de vivre,
    de penser et d'exprimer un environnement caribéen.

6.  Que les pratiques ancestrales de production alimentaire, d'échange
    et de conservation des semences soient reconnues et soutenues parmi
    les peuples des Caraïbes occidentales.

7.  Que l'avis de la communauté Raizal, qui a refusé la base militaire
    de Bowden Creek, où se trouve depuis plus de deux ans le Camp de la
    Dignité de la Fédération des Pêcheurs de Providence soit respecté.

8.  Que le droit à la pêche ancestrale soit respecté et que et la pêche
    industrielle soit interdite car elle menace l'existence et la survie
    du peuple Raizal.

9.  Qu'une enquête soit ouverte sur l'échec du processus de
    reconstruction qui a dévasté la culture ancestrale et provoqué un
    "ethnocide" à Providence. Que les coupables soient punis pour le
    pillage et le vol des ressources de la reconstruction (ressources
    publiques et dons).

Le tribunal international des catastrophes fut présidé par Carolina
Portaluppi. Ce tribunal a pour prédécesseur le Tribunal des droits de la
nature, qui se réunit de manière informelle à l'occasion de chaque
sommet sur le climat. Il s'agit d'une institution citoyenne à caractère
international qui enquête sur les violations des droits de la nature et
les rend publiques. Durant ce Tribunal orienté vers l'analyse de la
gestion des catastrophes, divers témoignages ont été entendus, dont ceux
de plusieurs leaders sociaux, qui ont exposé des cas d'inondations et de
glissements de terrain en Équateur, de tremblements de terre en Haïti,
d'ouragans à Providence, d'incendies au Chili et en Argentine, dans un
monde confronté à une crise climatique et environnementale, et à une
détérioration sans précédent de la nature. Ce Tribunal a pour mission
d'analyser le rôle de l'État, sa réponse, ses actions et ses omissions
face aux catastrophes, ainsi que la responsabilité des entreprises
privées ayant eu un impact sur l'environnement. Au cours de l'audition,
les commissaires (Karen Ardiles, Jorge Campanini, Horario Machado,
Camila Moreno, Ricardo Buitrón, Catalina Toro-Pérez, Ramón Vera-Herrera,
Carolina Viola et Ivonne Yánez) ont souligné que certaines communautés
humaines sont plus vulnérables que d'autres face aux catastrophes, en
raison de leur classe sociale (qui influe sur leurs revenus, leur mode
de vie et leur lieu de résidence), de leur sexe, de leur origine
ethnique, de la tranche d'âge à laquelle elles appartiennent, du lieu où
elles vivent, et de leur accès aux biens, aux services, à la
connaissance et à l'information. Certaines populations sont donc
affectées de manière disproportionnée.

Le paragraphe suivant est une retranscription de l'interview vidéo de
Josefina Huffington, une des dirigeantes de Providence, présente au
Tribunal des catastrophes de Quito :

> " L'ouragan qui a frappé Providence était un ouragan de catégorie 5.
> Aucun d'entre nous n'avait imaginé que le vent pouvait être aussi
> destructeur. Le lendemain de l'ouragan, l'île semblait avoir été
> réduite en cendres. Toute la végétation avait disparu. L'ouragan avait
> arraché toutes les feuilles des palmiers. \[...\] L'État colombien a
> commis un acte d'irresponsabilité, car il savait que l'ouragan
> arrivait. Nous savions tous que nous étions sur la trajectoire de
> l'ouragan et aucune mesure préventive n'a été prise. Ce qui s'est
> passé ici est un crime et une destruction de la culture. \[...\] Cela
> fait longtemps que l'on parle du changement climatique et de ses
> conséquences, pourtant, rien n'a été fait pour empêcher cette
> catastrophe \[...\] Ce qui s'est passé lors de la reconstruction,
> c'est un ethnocide et un vol à grande échelle. L'argent destiné à la
> reconstruction a été utilisé par le gouvernement pour les campagnes
> électorales. Le bureau de gestion des risques, mis en place par la
> présidence de la République, n'a pas été créée pour s'occuper de la
> population touchée, au contraire. Au nom de l'urgence, les procédures
> commerciales n'ont pas eu à passer par toutes les étapes
> bureaucratiques normalement requises, ce qui a aggravé la corruption.
> \[...\] L'État colombien, par l'intermédiaire du bureau de gestion des
> risques, a alloué 1,8 milliard de pesos à la reconstruction des îles
> après le passage des ouragans Eta et Iota, mais cette somme a en
> réalité été investie dans la mise en œuvre d'un programme secret
> visant à militariser le territoire et à se l'approprier. Ce budget fut
> alloué à Providence pour plus de 20 ans. De toute évidence, l'objectif
> n'était pas de s'occuper de la population qui avait vécu une
> catastrophe, mais de faire du business \[...\] Deux ans après
> l'ouragan, où sont les abris et les refuges qui devaient être
> construits ? Il était question de 17 abris et seulement 3 ont été
> construits. L'hôpital n'a toujours pas été reconstruit, alors que
> c'est la première chose à faire, pas plus que les lignes
> d'approvisionnement en eau et en nourriture ou encore les écoles.
> \[...\] La première action du gouvernement coulombien a été
> d'installer le personnel bureaucratique qui est venu travailler à la
> reconstruction. Plus de 1 000 personnes ont consommé toute la
> nourriture qui arrivait et ont détruit les systèmes de stockage de
> l'eau potable que nous avions dans les citernes, ce qui a affecté
> notre accès à cette eau. Ils se sont installés dans les maisons
> restées debout et ont reconstruit les premiers hôtels pour eux".[^22]

Dans le cadre des procédures du Tribunal des catastrophes, les témoins
sont interrogés sur les affaires traitées. Dans le cas de Providence,
les dirigeants n'ayant pas pu se déplacer, leurs vidéos et leurs
déclarations ont été diffusées. J'ai apporté et présenté les témoignages
vidéo de Josefina Huffington et Edgar Jay. C'est pour cette raison que
le procureur a décidé de me demander plus de détails sur l'affaire, car
j'ai accompagné et suivi le processus de reconstruction de Providence en
Colombie.

> \_Procureur : La Colombie possède-t-elle un système d'assistance
> d'urgence en cas d'ouragans ? Car selon Edgar Jay[^23], le
> gouvernement était conscient de la situation, mais il n'y avait pas de
> système d'alerte pour prévenir la population.
>
> \_Catalina Toro Pérez (CTP) : L'un des drames de cette catastrophe
> humaine est la déconnexion des îles d'internet et des réseaux de
> transports aériens et maritimes vers le centre du pays. Les
> informations sur le passage de l'ouragan étaient disponibles auprès du
> centre de détection des ouragans américain. Mais sur les îles, avec
> une connexion instable et l'absence de mesures préventives, les
> insulaires avaient des conditions de communication minimales. Ils ne
> savaient pas qu'un ouragan de catégorie 5 arrivait. L'Unité de risque
> colombienne a publié des rapports via Twitter, un système auquel les
> communautés des îles n'ont pas accès. Depuis le passage de l'ouragan,
> la population dispose d'un système de connexion à l'internet encore
> plus précaire. L'un des moyens de dominer ce peuple fort et uni a été
> de le déconnecter du monde et de bloquer les informations de l'Unité
> de risque en charge de la prévention. Deux ans après l'ouragan, il n'y
> a pas de plan de reconstruction connu, pas d'hôpital, pas d'école, des
> maisons de mauvaise qualité et une destruction de la culture
> architecturale. Le gouvernement a démoli les bâtiments emblématiques
> en bois qui constituaient le patrimoine architectural, afin d'imposer
> de nouveaux bâtiments urbains, imposés par des entreprises de
> construction de Bogota.
>
> \_Procureur : Il existe différentes manières de procéder aux
> réparations en cas de catastrophe. Parfois, c'est l'État qui s'en
> charge, mais dans le cas de la Colombie, il existe une tradition de
> délégation au secteur privé. Dans ce cas, quel a été le modèle
> institutionnel choisi pour le processus de reconstruction dans les
> îles ?
>
> \_CTP : En Colombie, un responsable de la reconstruction a été nommé
> illégalement et a mis en relation des entreprises de construction et
> de services privées de Bogota et de Medellín. Ils ont usurpé les
> fonctions du bureau du gouverneur et de la municipalité. Il est
> important de souligner qu'il existe à Providence un plan d'aménagement
> du territoire depuis 2000, conformément à sa déclaration en tant que
> réserve de biosphère et zone marine protégée, qui n'a pas été pris en
> compte. Le gouvernement Duque est arrivé sur les lieux de la
> catastrophe avec 500 sacs noirs pour ramasser les cadavres et a
> ordonné à toute la population survivante de partir, la population
> s'est retrouvée à défendre son territoire dans des conditions très
> précaires. Le gouvernement n'a pas consulté la communauté avant
> d'intervenir. La diaspora Raizal a envoyé de l'aide de l'étranger,
> mais le gouvernement colombien a bloqué l'acheminement de l'aide afin
> de contrôler la population. De nombreuses personnes sont restées dans
> des tentes pendant près de deux ans après l'ouragan.
>
> \_Procureur : Qui est à l'origine de ce projet ?
>
> \_CTP : Il s'agit du projet du colonialisme et de la dépossession
> territoriale, mené dans des endroits stratégiques de la Caraïbe, qui
> consiste à militariser, à déplacer la population comme cela s'est
> produit à Barbuda, afin d'implanter de grands projets hôteliers. Il
> s'agit d'éviter la construction d'infrastructures publiques telles que
> des écoles et des hôpitaux, afin de forcer les gens à quitter leur
> territoire. De nombreuses compagnies pétrolières ont des intérêts dans
> la région. Il s'agit d'implanter le modèle de pêche industrielle, qui
> détruirait une importante zone de réserve de biosphère et la culture
> ancestrale de la pêche. C'est pourquoi les pêcheurs se sont organisés
> et ont créé une "garde Raizal", à l'instar de la garde indigène, pour
> défendre leur territoire et leur droit à l'autodétermination. Leurs
> connaissances ancestrales sont la clé de la résilience climatique des
> peuples de la Caraïbe.

Ce Tribunal, comme nous l'avons mentionné plus haut, a un caractère
politique et symbolique : il est composé de citoyens et s'inspire du
modèle des Tribunaux pour les droits de la nature qui siègent en
parallèle lors des Sommets sur le climat, comme celui de Paris en 2015.
L'impact global sur l'environnement de certains évènements y est analysé
et les communautés locales y assistent en tant que témoins, ainsi que
certains représentants de l'État, des universitaires et des ONG. Ces
affaires sont généralement relayées dans la presse. Le dictum est lu par
le secrétaire du tribunal, puis envoyé aux États sous la forme d'un
verdict dans lequel des responsabilités et des actions très concrètes
sont définies. Il s'agit du premier Tribunal des catastrophes à se
réunir avant un Congrès d'écologie politique. Pour la communauté de
Providence, la visibilité internationale de ses problèmes liés au
processus de reconstruction lui a permis de faire pression sur l'État
colombien, afin qu'il remplisse son devoir et qu'il soit obligé de
convenir avec la communauté de la réparation de ses maisons et de la
construction de nouveaux projets culturels, éducatifs et
d'infrastructure.

# Conclusion

Au cœur des luttes et du passage à un gouvernement progressiste en
Colombie qui s'est rapproché des îles et de leur réalité, la communauté
Raizal a gagné l'action de tutelle qui reconnaît la violation des droits
fondamentaux du peuple Raizal dans le processus de reconstruction par
l'État colombien et le gouvernement précédent. Cela signifie qu'une
nouvelle phase de consultation préalable doit être mise en place pour
revoir et corriger le projet de reconstruction en accord avec la
communauté. Après avoir perdu en première et deuxième instance, la Cour
constitutionnelle colombienne a finalement statué en faveur de la
communauté Raizal de Providence et a ordonné la protection de son droit
à l'autodétermination. Comment cette décision sera-t-elle mise en œuvre
? Pour l'instant, des fonctionnaires du nouveau gouvernement se rendent
dans les îles pour écouter la communauté, et certains insulaires ont été
nommés dans des ambassades en Guyane, en Jamaïque, à Trinidad et Tobago
en vue de renforcer les réseaux caribéens. D'autres communautés ont
réussi à élaborer une stratégie participative de gestion des risques
avec certaines îles voisines, mais cette stratégie ne s'est pas encore
concrétisée par un soutien gouvernemental à long terme. Tous les pays de
la Caraïbe occidentale rêvent d'une réserve de biosphère pour protéger
la troisième plus longue barrière de corail du monde, après l'Australie
et le Belize, mais de nombreux intérêts sont en jeu, notamment en ce qui
concerne le pétrole et le gaz offshore. La mer des Caraïbes colombienne,
à l'exception de l'archipel, fait l'objet de concessions pétrolières et
marines.

Comme le processus de reconstruction de l'île n'a pas pris en compte la
voix et la culture du peuple Raizal dans ses principales expressions
telles que son architecture, et que plusieurs bâtiments patrimoniaux
restés debout ont été démolis dans le cadre du processus de
reconstruction, la Veille civique Providence, au nom du peuple Raizal,
des îles de Providence et Santa Catalina, a déposé un recours pour la
protection de ses droits fondamentaux et de ceux du peuple Raizal à un
logement décent, à des bâtiments patrimoniaux, à l'accès à l'eau
potable, à l'assainissement de base, à un environnement sain, à la
santé, à l'accès à l'information publique, à la consultation préalable
et à l'identité culturelle. Un nouvel arrêt est attendu en 2023 en ce
qui concerne des constructions spécifiques telles que les écoles. C'est
dans ce but, celui de renforcer la mémoire et les pratiques de
l'architecture ancestrale, que le groupe de recherche Environmental
Derecho y Política Ambiental (Droit et politique de l'environnement),
qui comprend des étudiants de premier et de deuxième cycle, a réalisé et
préparé une vidéo et des podcasts qui sont déjà sur le web : Stronger
Caribbean Together for Land, Food & Climate Justice (Des Caraïbes plus
fortes ensemble pour la terre, l'alimentation et la justice
climatique)[^24].

L'environnement politique en Colombie est complexe. Les pêcheurs
ancestraux sont aujourd'hui confrontés à la pêche industrielle et
communiquent directement avec le gouvernement central. Mais les pouvoirs
transnationaux, économiques et politiques continuent de dominer les
gouvernements locaux. Cependant, la communauté de Providence continue de
s'organiser et de résister, en défendant son territoire, nous donnant
ainsi une leçon de résilience et de force.

[^1]: Le Tribunal éthique international des catastrophes, qui s'est tenu
    à Quito le 18 octobre 2022, a été organisé par Acción Ecológica et
    la Fundación Pro-defensa de la Naturaleza y sus Derechos
    (https://www.naturalezaconderechos.org/quienes-somos/).

[^2]: Klein, N. (2007) *The Shock Doctrine: The Rise of Disaster
    Capitalism*. Allen Lane. Metropolitan Books.

[^3]: Klein, N. (2007) "Introduction: Blank is Beautiful: Three Decades
    of Erasing and Remaking the World". Dans *The Shock Doctrine: The
    Rise of Disaster Capitalism*. p. 10.

[^4]: Martínez, E. (2023) "Introducción". Dans *Tiempo de Desastres.
    Investigaciones Comunitarias de la Naturaleza. Tomo III.* Action
    Solidarité Tiers Monde. Acción Ecológica. Naturaleza con Derechos.
    p. 6; Borja, C. (2023) "Territorios de Sacrificio en Quito: El caso
    del barrio Santa Clara del Común". Dans *Tiempo de Desastres.
    Investigaciones Comunitarias de la Naturaleza. Tomo III.* Action
    Solidarité Tiers Monde. Acción Ecológica. Naturaleza con Derechos.
    p. 14; Pacari, R. (2023) "El Aluvión en la Maná-Cotopaxi". Dans
    *Tiempo de Desastres. Investigaciones Comunitarias de la Naturaleza.
    Tomo III.* Action Solidarité Tiers Monde. Acción Ecológica.
    Naturaleza con Derechos. p. 23; Serapio, L.P. (2023) "Las
    inundaciones en la cuenca baja del río Guayas y sus efectos en el
    territorio del cantón Vinces". Dans *Tiempo de Desastres.
    Investigaciones Comunitarias de la Naturaleza. Tomo III.* Action
    Solidarité Tiers Monde. Acción Ecológica. Naturaleza con Derechos.
    p. 42.

[^5]: Toro Pérez. C, Hernandez, J.D., Rodríguez, L. (2024) "Desafíos
    para la Conservación del Patrimonio Cultural y Arquitectónico en el
    Caribe Insular, en un contexto de Crisis climática. El Caso de Old
    Providence". ICCROM. Centro Internacional de Estudios de
    Conservación y Restauración de los Bienes Culturales, Roma; Toro
    Pérez, C. (2023) "Capitalismo del Desastre y proyectos de despojo
    cultural y territorial en Old Providencia. Colombia Insular
    caribeña". En Tiempo de Desastres. Action Solidarité Tiers Monde.
    Acción Ecológica. Naturaleza con Derechos. p. 122.

[^6]: Bravo, E. ed. (2023) "Dictamen del Tribunal Tiempo de Desastres".
    En *Tiempo de Desastres. Investigaciones Comunitarias de la
    Naturaleza. Tomo III.* Action Solidarité Tiers Monde. Acción
    Ecológica. Naturaleza con Derechos. p. 184; Klein, N. (2018). *The
    Battle for Paradise: Puerto Rico Takes on the Disaster Capitalists*.
    Chicago. Haymarket Books; Klein, N. y Brown, A. (2018). "Robert de
    Niro Accused of Exploiting Hurricane Irma to Build Resort in
    Barbuda". *The Intercept* (January, 2018),
    [[https://theintercept.com/2018/01/23/robert-de-niro-
    barbuda-hotelhurricane-irma/]{.underline}](https://theintercept.com/2018/01/23/robert-de-niro-%20barbuda-hotelhurricane-irma/);
    Bonilla, Y. (2020) "The Coloniality of Disaster: Race, Empire and
    the Temporal Logics of Emergency in Puerto Rico, USA". *Political
    Geography*, vol. 78; Marco de Sendai para la Reducción del Riesgo de
    Desastres 2015--2030,
    <https://www.unisdr.org/files/43291_spanishsendaiframeworkfordisasterri.pdf>.

[^7]: Relator Especial sobre la cuestión de las obligaciones de derechos
    humanos relacionadas con el disfrute de un medio ambiente sin
    riesgos, limpio y saludable, y sostenible. Informe A/HRC/46/28
    (2021).

[^8]: "¿Está el cambio climático haciendo los huracanes más potentes?
    Esto dice la Ciencia", *El País* (octubre, 2022),
    [<https://elpais.com/america-futura/2022-10-04/esta-el-cambio-climatico-haciendo-los-huracanes-mas-potentes-esto-dice-la-ciencia.html>;]{.underline}
    "Energia para Ian, frío tras el paso de Fiona" en
    [[https://ciencia.nasa.gov/energia-para-ian-frio-tras-el-paso-de-fiona]{.underline}](https://ciencia.nasa.gov/energia-para-ian-frio-tras-el-paso-de-fiona),
    Nasa Ciencia (septiembre, 2022).

[^9]: Seitenfus, R. (2015) *L'échec de l'aide internationale à Haïti.
    Dilemmes et égarements.* Éditions de l´Université d´État d´Haiti;
    Chalmers, C. (2023) "Terremoto en Haití y el Capitalismo del
    desastre". En *Tiempo de Desastres. Investigaciones Comunitarias de
    la Naturaleza. Tomo III.* Action Solidarité Tiers Monde. Acción
    Ecológica. Naturaleza con Derechos. p. 157

[^10]: Chalmers, C. (2023) "Terremoto en Haití y el Capitalismo del
    desastre". En *Tiempo de Desastres. Investigaciones Comunitarias de
    la Naturaleza. Tomo III.* Action Solidarité Tiers Monde. Acción
    Ecológica. Naturaleza con Derechos.

[^11]: Klein, N. y Brown, A. (2018). "Robert de Niro Accused of
    Exploiting Hurricane Irma to Build Resort in Barbuda". *The
    Intercept*.

[^12]: Certains de ces cas sont présentés par les dirigeants eux-mêmes
    et par les professionnels des organisations sociales des îles
    affiliées au réseau dans différentes réunions et webinaires. Voir :
    <https://strongercaribbeantogether.org/questioning-disaster-capitalism-in-the-caribbean>.

[^13]: Parsons, J. J. (1964) San Andrés y Providencia. Una geografía
    histórica de las islas colombianas del mar Caribe. Banco de la
    República, Bogotá, p. 22.

[^14]: Feiling, T. (2018) *The Island that Disappeared*, National
    Portrait Gallery, London.

[^15]: Son origine remonte à 1912, lorsque le gouvernement de l'époque a
    autorisé le passage gratuit sur les navires nationaux pour les
    familles de quatre personnes ou plus qui souhaitaient s'installer
    dans l'archipel.

[^16]: Selon la sociologue Dilia Robinson Saavedra, l'identité Raizal
    repose sur leur territorialité insulaire, " un ensemble de
    sentiments définis par l'isolement ", et sur" des coutumes, des
    habitudes et d'autres manifestations qui les différencient du reste
    des Colombiens sur le continent, et même de leurs voisins les plus
    proches de la Caraïbe". Ainsi, la culture Raizal est une culture
    Afro-Anglo-Antillaise, avec une église baptiste et une langue
    qualifiée de créole, c'est-à-dire un Anglais avec un accent africain
    et des éléments de français. "Pour le peuple Raizal, la valeur \[du
    créole\] tient à ses racines dans la langue anglaise et à la
    présence de la langue africaine ancienne, la première leur
    permettant de communiquer avec les anglophones et la seconde de
    conserver leur héritage africain.," écrit Robinson Saavedra dans son
    texte "Pueblo Raizal en Colombia," où il mentionne également un
    autre élément distinctif : l'architecture Raizal, dans le texte
    inédit "Pueblo Raizal en Colombia,"
    [[https://xdoc.mx/preview/pueblo-raiza-en-colombia-universidad-del-rosario-5e40694e09c23]{.underline}](https://xdoc.mx/preview/pueblo-raiza-en-colombia-universidad-del-rosario-5e40694e09c23).

[^17]: Declaration des Nations Unies sur les droits des peuples
    indigènes, ONU, 13 septembre 2007,
    <https://www.un.org/esa/socdev/unpfii/documents/DRIPS_es.pdf>.

[^18]: Livingston, G. (2015). "Los procesos de lucha por el territorio y
    el lugar del pueblo raizal". *Revista Cuadernos del Caribe*. No. 20.
    pp. 75-81.

[^19]: En 2003, l'UNESCO a convoqué une réunion d'experts en Guyane dont
    les conclusions ont été consignées dans la Déclaration de
    Georgetown, qui alerte sur la nécessité de créer un cadre juridique
    pour la protection du patrimoine, d'encourager la formation et la
    recherche, ainsi que de promouvoir la conservation et la bonne
    gestion de ce dernier par la création d'un réseau régional de
    surveillance. La déclaration de Georgetown reconnaît l'architecture
    en bois dans les Caraïbes comme un patrimoine culturel ancestral.
    UNESCO World Heritage Center. "Caribbean Wooden Treasures.
    Proceedings of the Thematic Expert Meeting on Wooden Urban Heritage
    in the Caribbean Region". Georgetown Guyana. 4-7 février 2005. Cette
    déclaration est liée à la Convention concernant la protection du
    patrimoine mondial, culturel et naturel :UNESCO, "[[Convención sobre
    la protección del patrimonio mundial, cultural y
    natural]{.underline}](https://whc.unesco.org/archive/convention-es.pdf)."
    Conferencia General de la Organización de las Naciones Unidas para
    la Educación, la Ciencia y la Cultura, en su 17a, reunión celebrada
    en París del 17 de octubre al 21 de noviembre (1972),
    <https://whc.unesco.org/archive/convention-es.pdf>[.]{.underline}

[^20]: Le Dictum est un document formel qui présente et résume les cas
    présentés, les arguments avancés et le verdict qui est présenté par
    un procureur assigné à ce rôle. Ce document symbolique, rédigé par
    le secrétaire du tribunal, en l'occurrence Elizabeth Bravo, est
    préparé avec la participation des commissaires présents. Ce document
    est remis aux gouvernements, exprimant ainsi une sanction politique
    et symbolique. Fundación Pro-defensa de la Naturaleza y sus
    Derechos. "Dictamen" La nature et ses droits. 19 octobre 2022.
    [[https://www.naturalezaconderechos.org/wp-content/uploads/2022/11/Desastres-dictamen.doc.pdf]{.underline}](https://www.naturalezaconderechos.org/wp-content/uploads/2022/11/Desastres-dictamen.doc.pdf).

[^21]: Fundación Pro-defensa de la Naturaleza y sus Derechos. "Tribunal
    Tiempo de Desastres" Naturaleza con Derechos, octubre 19, 2022,
    [<https://www.naturalezaconderechos.org/tribunal-tiempo-de-desastres/#more-17066>.]{.underline}
    Voir vidéo du tribunal :
    [[https://www.facebook.com/AccionEcologicaEc/videos/837524720764031/#]{.underline}](https://www.facebook.com/AccionEcologicaEc/videos/837524720764031/).

[^22]: Extraits des déclarations de Josefina Huffington, leader de la
    Veeduría Cívica (Veille Civique) de Providence pour le Tribunal des
    catastrophes qui s'est tenu à Quito.

[^23]: Déclaration d'Edgar Jay au Tribunal des catastrophes de Quito,
    2022.

[^24]: Toro Pérez, C. et al. (2022) Vidéo: Arquitectura, Uso Tradicional
    de la Madera: Patrimonio y Cultura Raizal en Old Providence después
    del Huracán
    Iota: [<https://strongercaribbeantogether.org/the-case-for-reclaiming-ancestral-architectural-knowledge>.]{.underline}
