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author:
- Michael Kotutwa Johnson
date: 2026-09-07
lang: fr
rights: "CC BY-NC-SA 4.0,
  https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/deed.fr"
source: "https://plurivers.net/revue-plurivers-1/lepoque-des-semis-chez-les-hopi.html"
title: "L'époque des semis chez les Hopi : un acte de foi"
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::: traducteurices
Traduit de l'anglais par Anne Gletzer
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::: biography
Je suis membre de la tribu Hopi, dans le nord de l'Arizona, aux
États-Unis. Je suis spécialiste de la résilience autochtone à la School
of Natural Resources and the Environment et au Indigenous Resiliency
Center de l'Université de l'Arizona. Je suis titulaire d'un doctorat en
ressources naturelles de l'Université de l'Arizona, d'une maîtrise en
politiques publiques de l'Université Pepperdine ainsi que d'une licence
en agriculture de l'Université Cornell. J'ai co-écrit le chapitre sur
les Autochtones pour la cinquième évaluation nationale du climat et j'ai
publié cinq ouvrages dans des revues scientifiques ainsi que des
articles de fond. Enfin, très récemment, j'ai lancé un appel à la
revitalisation du système alimentaire amérindien basé sur les principes
d'intendance et de conservation autochtones. Parallèlement, je continue
à pratiquer l'aridoculture Hopi, une pratique de mon peuple depuis des
millénaires...
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![Photo © Michael Kotutwa
Johnson](https://plurivers.net/files/870eea3ede988f4a8bf05b305831f938.webp){width="1600"
height="1944"}

Je m'appelle Michael Kotutwa Johnson et je suis un agriculteur Hopi
traditionnel de la 250^e^ génération. Je suis les traces de mon père,
comme lui a suivi celles de son père, et son père avant lui, depuis des
générations. Lorsque mon peuple est arrivé pour la première fois dans la
région que l'on appelle aujourd'hui le plateau du Colorado, dans le nord
de l'Arizona, il y a plusieurs siècles, il est dit que nous avons
rencontré un individu appelé Massau. Il était le gardien de la terre.
Massau nous a donné des instructions spécifiques sur la façon dont nous
devions vivre pour pouvoir survivre sur les terres semi-arides que nous
appelons notre chez nous. Il nous a fourni un bâton fouisseur, des
graines et une calebasse d'eau. Mais la chose la plus importante qu'il
nous a enseigné, c'est de croire dans tout ce que nous faisons.
Aujourd'hui, plus que jamais, je continue à suivre ses enseignements.

Si je suis son enseignement basé sur la foi, c'est avant tout parce que
nous avons subi une sécheresse extrême ces dernières années. Je crois
que la sécheresse que nous connaissons est due aux fluctuations
climatiques ou comme d'aucuns diraient, au changement climatique. Ainsi,
la saison des semis s'est raccourcie avec les températures plus froides
en avril, quand c'est le moment de semer, et les périodes de gel plus
précoces vers la fin de la saison agricole. En même temps, nous avons
aussi eu des étés plus chauds que d'habitude.

Parfois, les étés plus chauds entraînent des taux d'évaporation plus
élevés et retardent la croissance des plantes. C'est parfois difficile à
surmonter parce que nous, agriculteurs Hopi, nous n'avons pas l'habitude
d'irriguer, nous dépendons de l'humidité qu'apporte les pluies des
moussons et les chutes de neige hivernales. Chaque année, nous ne
recevons que l'équivalent de 15 à 25 cm de précipitations. Au cours des
dernières années, j'ai remarqué que nous n'en avons reçu que la moitié
environ et parfois moins. Encore une fois, cela peut être dû au
changement climatique ou au stress ressenti par la terre à cause de
l'extraction incessante et du fait qu'on ne prend pas soin d'elle. En
raison du manque d'humidité, je ne cultive pas toujours les mêmes
espèces, composées essentiellement de différentes variétés de haricots,
de calebasses, de maïs, de melons et de courges. Ce que je réussis à
faire pousser est distribué aux femmes, qui mettent de côté une partie
de cette production pour les semences à conserver ou à planter l'année
suivante. Traditionnellement, ce sont les femmes Hopi qui possèdent les
champs, fournissent les graines à planter et s'occupent de répartir la
récolte. Et elle jouent un rôle important dans notre mode de vie
agricole. Il faut également savoir qu'il n'existe pas de séparation
entre la culture Hopi, nos croyances spirituelles et notre agriculture.
Ils sont une seule et même chose et sont interdépendants.

Par exemple, le maïs blanc, une fois récolté et séché, est ensuite broyé
par les femmes et transformé en farine de maïs qui est utilisée pour
offrir des prières et lors de nos cérémonies. Notre maïs, que ce soit
sous forme égrenée, ou avec encore ses graines intactes sur l'épi, est
manipulé plusieurs fois de la préparation à la récolte puis au stockage.
Chez les Hopi, nous avons un dicton : « Nous sommes comme le maïs. »
Nous cultivons le maïs avec soin, et dépendons l'un de l'autre pour
notre survie. Ainsi, une relation intime s'établit, non seulement sur le
plan physique, mais aussi spirituel et psychologique, du fait des
immenses défis auxquels nous sommes confrontés en tant qu'agriculteurs
et membres de la nation Hopi qui survivent sur les terres semi-arides du
sud-ouest depuis des temps immémoriaux.

Autre exemple de cette foi déjà évoquée, peu importe les plants que
d'autres agriculteurs Hopi et moi voyons se développer au printemps, et
qui nous permettent de déterminer si nos cultures seront un succès ou un
échec, nous semons de toute façon. Au printemps 2018, j'ai observé une
absence totale des indicateurs naturels d'humidité du sol du fait de
l'absence de chutes de neige l'hiver précédent, mais j'ai quand même
fait mes semis. Je n'ai pas semé tout le champ, mais seulement une
partie. Les graines que j'ai plantées sont restées en dormance dans le
sol de début mai à fin juillet. Mais, à la fin du mois de juillet, nous
avons eu des pluies très abondantes, des pluies de mousson qui sont
courantes dans notre région à la fin de l'été. Deux semaines plus tard,
la graine que j'avais plantée a témoigné de sa foi en émergeant d'une
plus grande profondeur que d'habitude, d'environ 14 pouces. J'ai pu
récolter ce qui avait poussé et distribuer le maïs frais en octobre.

Aujourd'hui, en dehors de mon propre monde Hopi, des sujets tels que la
foi et la valeur sont souvent désapprouvés par ceux qui souhaitent
procéder de la même façon, et ces valeurs que certains appellent des
déterminants sociaux sont remplacées par des chiffres. Ainsi, les
produits agricoles sont évalués en fonction de leur quantité et leur
efficacité selon les modes de calcul du marché du Département de
l'agriculture des États-Unis (USDA). En d'autres termes, quelles sont
les quantités produites et quelle est la meilleure façon d'augmenter la
rentabilité de la production. Du fait de ce système de marché et de
techniques telles que les amendements des sols (N, P et K), les
herbicides et les pesticides, la majorité des produits agricoles (maïs,
blé, soja, riz, canne à sucre, etc.) ont perdu leur valeur
nutritionnelle. En somme, ils ont perdu leur âme.

On pourrait citer comme autre exemple le mouvement de régénération qui
se répand à travers le monde, dont les intentions sont louables, mais
qui, contrairement aux systèmes agricoles autochtones fondés sur la
culture, est limité et centré sur des techniques et des processus qui ne
seront pas soutenables à long terme, car il se fonde encore sur la
science et sur un mécanisme de financement. À titre d'exemple, je
compare dans l'encadré ci-dessous la définition courante de
l'agriculture régénérative « classique » à celle de l'agriculture
régénérative telle que la pratiquent les Autochtones.

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  Agriculture régénérative            Agriculture régénérative autochtone
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  L'agriculture régénérative est une  L'agriculture régénérative
  approche systémique holistique qui  autochtone est le processus
  s'intéresse d'abord au sol et prend d'intégration de savoirs
  en compte la santé des animaux, des autochtones adaptés au milieu et de
  agriculteurs, des travailleurs et   modes de gestion des terres adaptés
  de la communauté. (Dr. Urvashi      à la survie, soutenus par la
  Rangan, 2019)                       culture, les systèmes de croyances
                                      et la communauté, acquis au cours
                                      des millénaires. (Dr. Michael
                                      Kotutwa Johnson, 2022)

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Ce qui est au cœur des systèmes agricoles autochtones, qui les rend si
résilients et qui explique que jusqu'à 80 pour cent de la biodiversité
mondiale se trouve désormais concentrée sur 25 pour cent des terres
gérées par les peuples autochtones, c'est le fait qu'ils s'appuient sur
les différents systèmes de croyances autochtones qui contribuent à
définir la relation entre les êtres humains et le monde naturel
(c.-à-d., l'environnement). Cette relation se distingue en outre par la
discipline qu'exige l'adoption de ces systèmes de croyance afin de
maintenir le très fragile équilibre entre la nature et l'intervention
humaine. Je soutiens que sans ce type de relation, et en l'absence d'une
telle discipline, la science, quelle qu'en soit la forme, ne sert qu'à
assister, à retarder et à évaluer notre propre déclin. À sa façon, la
nature et ses valeurs intrinsèques s'adaptent spontanément en prenant
toutes les formes nécessaires, y compris face à des fluctuations
environnementales telles que nous l'observons avec le changement
climatique, et continueront à le faire au fil du temps. Malheureusement,
nous, humains, n'avons pas procédé aux ajustements nécessaires en termes
simplement de « volonté » et de politique. Pourquoi ?

Je crois qu'à cette question du « Pourquoi ? », on peut répondre en
s'inspirant de ce que mon grand-père m'a dit un jour, alors qu'on était
en chemin pour aller chercher certains membres de la famille pour nous
aider dans les champs, et qui ne voulaient pas venir. Il a dit ceci :
« Pas besoin de s'inquiéter, Michael, s'ils ne veulent pas aider ; leur
cœur n'y est pas, ils ne nous seraient d'aucune utilité et donc d'aucune
utilité non plus à nos plantations. » C'est ce type de relation que je
tiens à souligner ici. Je me dois d'insister ici d'une certaine manière
sur le fait que les valeurs/la discipline doivent être intégrées dans le
processus de gestion de l'environnement à tous les niveaux, y compris
dans la gestion de l'agriculture associée aux principales cultures dans
le monde, toutes deux étant nécessaires pour recréer la biodiversité qui
s'est peu à peu perdue.

En conclusion, les valeurs sont une part de nous-même en tant que
société et sont différentes d'une société à l'autre, ainsi que d'un
individu à l'autre. Peut-on se fonder sur les valeurs d'une personne ou
d'une société en particulier pour prendre des décisions clés concernant
l'avenir ? La réponse est non. Cette combinaison de valeurs, de tous les
niveaux de la société, doit nous guider et être intégrée à notre gestion
de l'environnement. En effet, chacune d'entre elles peut être porteuse
de la discipline qui nous permettra non seulement de mettre un terme à
la dégradation de l'environnement et de faire face au changement
climatique, mais aussi de freiner les systèmes agricoles basés sur le
marché qui fonctionnent sur des modèles de quantité et d'efficacité.
Dans le monde d'aujourd'hui, je constate que la plupart des membres de
la communauté scientifique basent leurs recherches sur une théorie et
des solutions réductionnistes. Le problème, c'est que souvent, le
réductionnisme ne conduit pas à des solutions à long terme, mais à des
solutions temporaires, et que nous-mêmes, nous continuons de chercher à
résoudre le même problème et obtenons le même résultat non satisfaisant.
La nature et son système unique se régénèrent souvent, même sans
l'intervention de l'homme, et ce n'est que lorsque nous commencerons à
comprendre notre relation avec elle que des solutions à long terme
pourront être trouvées.

![Photo © Michael Kotutwa
Johnson](https://plurivers.net/files/2d6fcbdc5e51eddc1db51efef2cdeea8.webp){width="1538"
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Johnson](https://plurivers.net/files/3673d0291a479509d3198570dd5e6118.webp){width="1892"
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