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author:
- Malcom Ferdinand
date: 2026-05-05
lang: fr
rights: "CC BY-NC-SA 4.0,
  https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/deed.fr"
source: "https://plurivers.net/revue-plurivers-1/justice-climatique-pour-les-outre-mer-pour-une-decolonisation-du-changement-climatique-depuis-la-france.html"
subtitle: Pour une décolonisation du changement climatique depuis la
  France
title: Justice climatique pour les Outre-mer
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::: biography
Je suis né en Martinique et y ai grandi jusqu'à mes 18 ans dans les
villes de Rivière-Pilote et de Schœlcher. Une ancienne colonie française
dont la société et les paysages restent marqués par l'histoire des
conquêtes coloniales, le génocide des peuples autochtones, la traite
négrière transatlantique, l'esclavage colonial et les différentes formes
de travail forcé. J'ai également vécu dans plusieurs pays d'Europe et
réside actuellement à Paris. En tant qu'homme Noir ayant grandi dans une
famille de classe moyenne, j'ai pu faire l'expérience de situations de
domination liées au racisme ­structurel et aux rapports coloniaux que
l'État français entretient avec ses ancien­nes colonies, tout en étant
relativement préservé de certaines violences de genre et de classe. Ces
expériences de vie tant en Martinique qu'en Europe dans des sociétés
postcoloniales, patriarcales et chrétiennes, structurées par des
rapports de dominations socio-raciales ont façonné mes engagements
citoyens et mes thèmes de recherche universitaires. Je suis aujourd'hui
chercheur au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS),
cofondateur et ­président de ­l'Observatoire Terre-Monde. Mes recherches
se situent à l'inter­section des philosophies, histoires et politiques
des enjeux écologiques contemporains et des philosophies, histoires et
politiques des enjeux liés au legs colonial de la modernité. Une partie
de ces recherches sont présentées dans le livre Une écologie
décoloniale : penser l'écologie depuis le monde caribéen (Seuil, 2019).
Aujourd'hui, je mène des recherches portant à la fois sur l'histoire des
pensées de l'écologie, et sur différents conflits écologiques de la
Caraïbe allant du changement climatique à l'usage de pesticides.
:::

::: note
\* Une partie de cet article est reprise d'un précédent article publié
en 2018. Ferdinand, Malcom, « Subnational Climate Justice for the French
Outre-mer : Postcolonial Politics & Geography of an Epistemic Shift »,
*Island Studies Journal*, vol. 13, p.119-34.
:::

De la Conférence Cadre des Nations-Unies sur le Changement climatique en
1992 à Rio (CCNUCC) aux annuelles Conférences des Parties (COP) en
passant par les accords de Kyoto en 1997 et les accords de Paris en
2015, les travaux de recherches scientifiques, les mouvements
écologistes et les représentant·e·s des peuples autochtones n'eurent de
cesse d'enjoindre les États-nations à limiter les émissions globales de
Gaz à Effet de Serre (GES). Ces appels sont inséparables de la
reconnaissance des inégalités historiques des émissions,
particulièrement entre Nord global et Sud global, et des injustices dans
les conséquences du réchauffement climatique[^1]. Les rapports du GIEC
(Groupe d'experts intergouvernemental sur ­l'évolution du climat) ont
précisé que le réchauffement climatique affecte particulièrement les
pays du Sud, les pays pauvres et les femmes[^2]. De même, Tendayi
Achiume, la rapporteuse spéciale auprès du haut-commissariat des
Nations-Unies aux droits de l'Homme pointa dans son rapport du
25 octobre 2022 à ­l'Assemblée générale la centralité du racisme comme
élément structurant des injustices climatiques et plus largement de la
crise écologique globale[^3].

Ici, je souhaite poser la question de ces inégalités et injustices
climatiques reconnues au niveau mondial à partir de la France. Si la
France aime cultiver une image de pays des droits de l'Homme et de pays
engagé sur le front du changement climatique entre autres à travers son
rôle clé dans la COP21 de Paris ou encore par les sorties médiatiques en
2017 d'Emmanuel Macron envers Trump « Make our planet great again »,
elle est aussi le pays qui fut condamné le 14 octobre 2021 pour le
non-respect de ses engagements climatiques[^4] et qui est régulièrement
épinglé tant par le défenseur national des droits,[^5] que par l'ONU au
sujet du racisme et des violences policières[^6]. En particulier, je
souhaite interroger le sens d'une justice climatique à partir et envers
des territoires de ce pays qui sont marginalisés au niveau national et
masqués sur la scène internationale : *les Outre-mer*.

La justice climatique ici ne fait pas référence à un ensemble de lois
nationales ou internationales qu'il faudrait respecter à l'égard du
climat. Il s'agit avant tout d'une exigence politique, sociale, morale
et juridique d'égalité, de redistribution et de dignité face aux
inégalités globales en jeu concernant tant les causes d'un réchauffement
anthropogénique du climat que les conséquences de ce réchauffement.
Quelle place occupent les Outre-mer dans les rapports de la France au
changement climatique et dans la conceptualisation théorique et
politique d'une justice climatique ?

Après une brève présentation de ces territoires, cet article est
traversé par deux enjeux principaux. D'une part, j'expose certaines des
inégalités et injustices en cause dans les rapports des Outre-mer à la
France hexagonale concernant le réchauffement climatique, et rappelle
ainsi la nécessité d'une approche de la justice climatique prenant à
bras le corps les Outre-mer : *une justice climatique infranationale*.
D'autre part, je défends l'idée que les territoires non-souverains du
monde tels que les Outre-mer français pointent une impasse théorique et
politique de la justice climatique. De là découle la nécessité d'une
politique plus radicale concernant tant les Outre-mer, la France que le
reste de la Terre : *une décolonisation du changement climatique.*

# Les Outre-mer ou la face coloniale masquée de la France {#les-outre-mer-ou-la-face-coloniale-masquée-de-la-france .subtitle}

Aujourd'hui encore, le bout de terre européen à la forme hexa­gonale --
l'Hexagone -- ainsi que l'île de la Corse constituent le territoire
imaginaire à partir duquel non seulement le réchauffement climatique en
France, mais aussi la France en elle-même, restent pensés. Cette
représentation géographique et politique eurocentrée de la France,
héritée de son empire colonial et esclavagiste se retrouve dans
plusieurs domaines de la vie politique nationale et internationale.
Faites donc l'expérience suivante : posez la question à quiconque dans
le monde (y compris en France hexagonale et dans les Outre-mer) « où se
trouve la France sur une carte ? ».

![Carte des Outre-mer français réalisée par Aude Chesnais en
2021.](https://plurivers.net/files/73e4abe21d72feb791f479211a611d2b.webp){width="2048"
height="1312"}

Il semble aller de soi que la « bonne » réponse serait cette terre
hexagonale européenne. Paradoxalement, quand bien même les territoires
ultramarins français seraient mentionnés dans la réponse ou indiqués sur
une carte, ils le sont d'une manière qui, grammaticalement, renforce
l'eurocentrisme de la représentation de la France. Il est alors précisé
que la France « a » ou encore « possède » des territoires dans l'océan
Indien, l'océan Pacifique, l'océan Atlantique. Là encore, il va de soi
que le sujet possesseur « La France » est rattaché à cette entité
européenne et aux corps qui y vivent. Par exemple, il n'est jamais
précisé que « La France » possède un territoire européen. Telle est
l'une des manières d'illustrer la marginalisation géographique et
politique des Outre-mer en France.

Pour rappel, l'après Seconde Guerre mondiale marqua un démantèlement de
l'Empire colonial français au travers des luttes politiques et
militaires des peuples colonisés en Afrique et en Asie pour leur
souveraineté à l'image des indépendances du Vietnam (1945), de la Guinée
(1958), du Sénégal (1960), de Madagascar (1960) et de l'Algérie (1962).
Les « Outre-mer français » désignent principalement -- mais pas
seulement -- les anciennes colonies de l'Empire colonial français qui
furent maintenues dans l'ensemble territorial national à travers une
forme de décolonisation sans souveraineté. Ces territoires ne sont plus
des colonies, mais ne sont pas pour autant des pays indépendants.

Ainsi, outre sa terre continentale européenne, la France est aujourd'hui
composée de 12 territoires situés dans l'océan Atlantique, l'océan
Indien et l'océan Pacifique qui accueillent 2,6 millions d'habitants,
soit 3,8 % de ses 68 millions d'habitants[^7]. La plupart de ces
territoires sont des petites îles densément peuplées qui ne dépassent
pas les 2500 km[^8] à l'exception de l'archipel de la Nouvelle-Calédonie
(18,575 km²). En Atlantique, on trouve la Martinique, la Guadeloupe, la
Guyane, Saint-Martin (partagée avec les Pays-Bas) et Saint-Barthélemy
dans la région caribéenne tandis que Saint-Pierre-et-Miquelon se trouve
juste au large de la Terre-neuve au Canada. La Réunion et Mayotte se
trouvent dans l'océan Indien. La Polynésie, la Nouvelle-Calédonie et
Wallis-et-Futuna constituent les archipels français dans le Pacifique.
Ces archipels sont plus éparpillés que ceux de la Caraïbe. Par exemple,
la Polynésie est composée de 118 petites îles. Ces îles volcaniques sont
principalement composées de paysages montagneux en leur centre et de
plaines basses sur les côtes. Outre ces îles, la Guyane, avec ces 86
000 km², est située sur la partie nord-est de l'Amérique du Sud.

Les Outre-mer français comprennent aussi un ensemble de territoires
inhabités, occupés principalement pour des raisons scientifiques et
militaires appelés Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).
On y trouve quatre archipels dans l'océan Indien (l'archipel du Crozet,
l'archipel de Kerguelen, les îles Éparses, et les îles de Saint-Paul et
d'Amsterdam). Les TAAF comprennent aussi un énorme territoire en
Antarctique appelé Terre-Adélie de 432 000 km[^9]. Enfin, l'on trouve
aussi l'île inhabitée et très isolée de Clipperton dans l'océan
Pacifique. En excluant la Terre-Adélie, les Outre-mer constituent 18 %
du territoire terrestre national. De plus, depuis la Convention des
Nations-Unies sur le droit de la Mer en 1982 (CNUDM), ils composent 97 %
du territoire maritime national aussi désigné comme la Zone Économique
Exclusive (ZEE), soit environ 11 millions de km², assurant à la France
le rang de deuxième puissance maritime mondiale (derrière les
États-Unis).

Ces territoires sont aujourd'hui dans des configurations
constitutionnelles différentes au sein de la France. D'un côté, on
distingue les Départements et Régions d'Outre-mer (DROM) composés des
quatre « vieilles colonies » (la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion,
la Guyane) et de Mayotte qui suivent le principe de l'identité
législative de l'article 73 de la Constitution. Cela signifie que « les
lois et règlements y sont applicables de plein droit », tout en ayant la
possibilité de certaines adaptations[^10]. Depuis le traité de
Maastricht de 1992, les DROM sont considérés comme faisant partie
intégrante de l'Union européenne (mais non de l'espace Schengen)
désignées comme « régions ultrapériphériques » (RUP), et les lois,
obligations et traités européens s'y appliquent automatiquement. D'un
autre côté, on trouve les Collectivités d'Outre-mer (COM) comprenant
Wallis-et-Futuna, Saint-Pierre-et-Miquelon, ­Saint-Martin,
Saint-Barthélemy et la Polynésie suivant le principe d'un régime
législatif spécial « qui tient compte des intérêts propres de chacune
d'elles au sein de la République » stipulé dans ­l'article 74 de la
Constitution[^11]. Hormis certains domaines régaliens de l'État (la
nationalité, les droits civiques, les libertés, la justice et la
sécurité) les lois et règlements nationaux ne s'appliquent pas
automatiquement sauf précision contraire. Ces territoires ont un niveau
d'autonomie législative plus important concernant par exemple la
fiscalité et l'octroi de mer. Par exemple, la Polynésie possède son
Assemblée, son gouvernement et son président. Depuis le traité de Rome
de 1957, l'Union européenne considère les COM comme des « Pays et
territoires d'Outre-mer » (PTOM). Bien que faisant partie des
territoires pays membres de l'Union européenne, ces territoires ne font
pas partie de l'Union européenne (UE). Par conséquent, les lois et
règlements européens ne s'y appliquent pas. Pour autant, vu que leurs
habitant·e·s sont des citoyen·ne·s français·e·s, iels sont aussi
citoyen·ne·s européen·ne·s et élisent des représentant·e·s au Parlement
européen. Les lois européennes s'appliquent donc aux personnes[^12].

Suite à une longue série de conflits entre le peuple kanak et les
autorités françaises, marquée entre autres par la prise d'otage de la
grotte d'Ouvéa en 1988, des accords furent passés en 1998 connus comme
l'accord de « Matignon-Oudinot » en 1988 et ­« ­l'accord de Nouméa » en
1998 qui octroient à la Nouvelle-Calédonie un statut unique en France
(ni DROM, ni COM) régi par le titre XIII de la Constitution, visant à
mettre en place un processus graduel vers l'indé­pendance. Ce processus,
comprenant une série de trois référendums, se retrouve aujourd'hui dans
une impasse face aux désaccords fondamentaux suscités par le
gouvernement Macron. Ce gouvernement a imposé la tenue du
3^e^ référendum sur l'indé­pendance en pleine période de confinement liée
à la pandémie COVID-19 en 2021, ne respectant pas le souhait des
indé­pendantistes kanaks d'honorer leurs morts et de reporter l'échéance
afin de pouvoir mener une campagne sans restriction sanitaire. Ce
dernier référendum fut boycotté, voyant une participation divisée par
deux, et son résultat (« le non ») non accepté par la population. La
Nouvelle-Calédonie est aussi un PTOM.

Historiquement, la composition des Outre-mer a évolué depuis 1946 et
reste sujette à de possibles changements à l'avenir. D'une part, des
évolutions politiques peuvent émaner des peuples de ces territoires
eux-mêmes à l'instar de la Polynésie qui vient d'élire un gouvernement
indépendantiste le 12 mai 2023 avec pour président Moetai Brotherson.
D'ailleurs, c'est à travers les luttes de ­mouvements indépendantistes
locaux portées entre autres par Jean-Marie Tjibaou et Oscar Temaru que
la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie furent (ré)inscrites à la liste
officielle des Nations-Unies des territoires non autonomes à
décoloniser[^13]. D'autre part, la souveraineté française sur ces
territoires est disputée. Les Comores revendiquent l'île de Mayotte,
considérée comme une des quatre îles de son archipel. La séparation a
été opérée par la France en 1976 au moment de l'indépendance des Comores
(1975). La France a d'ailleurs été condamnée par l'Assemblée générale de
l'ONU le 21 octobre 1976 qui déclara que les « référendums imposés aux
habitants de l'île comorienne de Mayotte constituent une atteinte à la
souveraineté de l'État comorien et à son intégrité territoriale, » et
demandant « au Gouvernement français de se retirer immédiatement de
l'île comorienne de Mayotte, partie intégrante de la République
indépendante des Comores et de respecter sa souveraineté »[^14].
Concernant les territoires inhabités, Madagascar revendique la propriété
de quatre des cinq îles des îles Éparses (les Glorieuses, Europa, Juan
de Nova, Bassas da India) tandis que l'Île Maurice revendique la
cinquième (l'île de Tromelin).

Ce rapide tour d'horizon géographique et politique montre que,
contrairement à l'imaginaire colonial et eurocentré, la France est
aujourd'hui un territoire multi-situé, localisé dans trois océans, et
donc irréductible à sa seule terre continentale européenne. La
marginalisation des territoires hors du continent européen n'est pas la
simple conséquence d'une géographie morcelée dont certains espaces sont
éloignés les uns des autres de plusieurs milliers de kilomètres. Cette
marginalisation suit et prolonge une fracture coloniale, historique et
contemporaine, séparant un territoire hexagonal -- ancienne Métropole --
abritant une popu­lation qui, du fait de la blanchité structurelle de la
construction de la nation forgée à travers l'histoire de l'Empire
colonial[^15], reste présentée et pensée comme principalement Blanche,
et des territoires -- anciennes colonies -- abritant des peuples
majoritairement présentés et pensés comme non Blancs. Par ailleurs,
l'asymétrie est flagrante dans la comparaison entre les statuts
sociopolitiques des personnes associées à la catégorie socio-raciale
Blanche, issues de l'Hexagone, vivant ou séjournant dans les Outre-mer
-- désignées comme « Métros » -- et les personnes racisées, issues des
Outre-mer, vivant ou séjournant en Hexagone. Les statuts économiques
aisés et la domination des marchés locaux, l'accès aux hauts postes de
l'administration et la surreprésentation dans les directions des
différents services de l'État, de la culture et dans la recherche
scientifique des premiers, correspondent aux discriminations au logement
et à l'emploi, aux délits de faciès par la police, au racisme de la
justice aboutissant à une surreprésentation dans les prisons, à
l'invisibilisation dans les arts, la culture et les médias, aux
discriminations dans l'accès aux métiers de l'enseignement supérieur des
seconds[^16]. En dépit de l'égale citoyenneté promise par la loi de
départementalisation de 1946, l'on ne peut que constater la persistance
de fortes inégalités sociales et d'infrastructures avec l'Hexagone
encore aujourd'hui prolongeant ainsi une distinction coloniale. Les
habitant·e·s des Outre-mer devinrent des citoyens autres[^17].

L'usage même du terme « Outre-mer » est littéralement le produit d'une
fabrication coloniale française et reste contesté aujourd'hui. Ainsi,
outre les évolutions historiques sur son genre (*le* ou *la* Outre-mer)
-- et sur son unité ou sa multitude (*l'*Outre-mer ou *les* Outre-mer),
ce terme pose un ensemble de difficultés politiques et épistémiques.
Politiques en ce qu'il reste difficile, voire violent, pour plusieurs
habitant·e·s de ces territoires de se rapporter à leur lieu de vie comme
l'« outre » d'un centre éloigné, ou pire, de s'identifier à l'adjectif
qui lui est associé : « ultramarin·e ». Épistémiques, en ce que
l'utiliser sans le questionner, c'est risquer d'adopter sa perspective
coloniale. L'on court aussi le risque d'occulter les autres langues et
les autres manières de nommer ces territoires, c'est-à-dire l'existence
d'autres centres de références qui diffèrent de l'historique regard
colonial français, parlant par exemple de Madinina, de Karukera, de Te
Ao Ma'ohi et de Kanaky en lieu et place de la Martinique, la Guadeloupe,
la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie respectivement. Au fond, il n'y a
guère que pour l'État et le gouvernement français que ce terme reste
encore une évidence. Une évidence que certains s'obstinent à envelopper
d'un voile de condescendance et d'exotisme à outrance[^18]. Pour autant,
cela reste une catégorie administrative du gouvernement de ces
territoires qui structure en partie les expériences de vie de leurs
habitants. Ainsi, bien que ce terme soit disputé, j'y fais référence
ici, non pour en épouser la perspective sous-jacente, mais plutôt pour
exposer tant les impensés et limitations de ce terme que les situations
de domination des habitant·e·s des territoires en question qui, bon gré
mal gré, se retrouvent à faire face au changement climatique global à
travers cette configuration juridico-politique découlant de ­l'Empire
colonial français.

# Faibles émissions de GES, forte exposition {#faibles-émissions-de-ges-forte-exposition .subtitle}

Face au changement climatique, les Outre-mer se retrouvent pris en étau
dans une double marginalisation au niveau national et international.
D'un côté, au niveau national, leur marginalisation discriminante à
l'œuvre dans l'imaginaire de la France se retrouve dans plusieurs
aspects de la vie du pays (politiques, économiques, ­culturels, sociaux,
juridiques et législatifs). Hypocrisie ou incon­­­­­sé­quence, ces territoires
ont pourtant permis à la France d'avoir une position géopolitique de
premier plan sur l'échiquier mondial en facilitant entre autres une
présence militaire et politique dans trois océans, un développement de
sa puissance nucléaire à travers les 193 essais nucléaires réalisés sur
les atolls de Moruroa et Fangataufa en Polynésie (après l'Algérie) de
1966 à 1996 et une place stratégique dans l'exploration spatiale avec le
Centre Spatial Guyanais à Kourou (CSG) qui sert à toute l'Europe. Or,
des années 1970 à aujourd'hui, les Outre-mer restent encore des impensés
au sein des associations, des partis politiques et de la production
intellectuelle de l'écologie politique hexagonale (notamment sur le
climat), et relativement absents des mouvements climats de l'Hexagone
tels que Youth for Climate et Alternatiba[^19]. Pourtant, si les
canicules et vagues de chaleur mortelles se répètent en Europe et dans
­l'Hexagone, les territoires dits d'Outre-mer sont sans doute les lieux
en France les plus exposés et vulnérables aux conséquences du
réchauffement climatique.

D'un autre côté, au niveau international, la plupart des ­mouvements
climats et les approches principales de la justice climatique se sont
focalisés sur les inégalités de contribution au réchauffement climatique
et la disparité géographique et socio-­politique des conséquences entre
pays ou entre individus[^20]. Avec raison, les appels à une justice
distributive sont formulés du point de vue des Petits États Insulaires
en Développement (PEID[^21]) à l'image de la voix puissante de Mia
Mottley, Première ministre de la Barbade. Par exemple, à l'exception de
Porto Rico, les publications académiques sur la justice climatique dans
la Caraïbe sont principa­lement concentrées sur ces PEID, en dépit du
fait que la moitié des îles de la région sont des territoires non
souverains rattachés à des États européens[^22]. Bien que ces îles ne
représentent que 12 % de la population de la Caraïbe et 5 % du
territoire terrestre, ils comprennent 29 % du territoire marin[^23].
Marginalisé au niveau national et invisible sur la scène internationale,
penser le changement climatique à partir des Outre-mer pousse à
appréhender la justice climatique à partir d'un autre angle, l'angle
*infranational*, prêtant attention aux inégalités au sein même de
l'ensemble d'un territoire national composé par son histoire coloniale,
en l'occurrence, entre Hexagone et Outre-mer[^24].

Les Outre-mer français font face à une injustice climatique
fondamentale. N'y ayant que peu contribué, ces territoires sont à la
fois surexposés aux conséquences du réchauffement climatique et font
l'expérience d'une forte vulnérabilité construite dans la durée à
travers ce que j'appelle « l'habiter colonial »[^25]. Par cette
expression, je désigne une manière d'habiter la terre et de se rapporter
aux humains, aux non-humains et aux ecosystèmes qui fut imposée par les
colonisations modernes, exploitant l'ensemble du vivant et structurant
les infrastructures de ces territoires afin de permettre
l'enrichissement de quelques actionnaires, de poursuivre la course
effrénée du capitalisme et de servir le marché hexagonal. Le tableau
suivant présente les émissions de GES des Outre-mer (DROM et COM), de
l'Hexagone ainsi que leur part respective dans les émissions totales de
la France ces 30 dernières années[^26].

  -----------------------------------------------------------------------------
  Mt de CO2e/an         1990    1995    2000    2005    2010    2015    2020
  (UTCATF)                                                              
  --------------------- ------- ------- ------- ------- ------- ------- -------
  DROM                  9,5     15,2    14,2    15,3    16,5    16,3    15,2

  \% du total           1,8     2,9     2,7     3       3,5     3,9     4

  COM+ N. C.            3,3     3,9     3       4,7     5,1     6,9     5,8

  \% du total           0,6     0,8     0,6     0,9     1,1     1,6     1,5

  Outre-mer             12,8    19,1    17,3    20,1    21,6    23,2    21

  \% du total           2,4     3,7     3,3     4,0     4,6     5,5     5,6

  Hexagone              512,5   496,8   511,8   484,7   449,5   400,7   355,8

  \% du total           97,6    96,3    96,7    96,0    95,4    94,5    94,4

  Total France\         525,3   515,9   529,0   504,7   471,1   423,9   376,8
  (Hexagone +                                                           
  Outre-mer)                                                            
  -----------------------------------------------------------------------------

Émissions des gaz à effet de serre en France de 1990 à 2020\
(élaboré à partir des données Citepa)[^27]

Les Outre-mer contribuent au réchauffement climatique. Cependant,
comparativement au reste de la France, leurs émissions restent faibles.
En 1990, l'année de référence pour la plupart des accords
internationaux, les Outre-mer ne représentaient que 2,4 % des émissions
de la France. Depuis 1990, la part des Outre-mer dans les émissions
françaises a augmenté régulièrement, représentant aujourd'hui 5,6 % des
émissions. À ce jour, les ­émissions per capita des Outre-mer
(7,8 tonnes CO2e/habitant·e·s) sont supérieures à celles de l'Hexagone
(5,5 tonnes CO2e/habitant·e·s). Si l'on en restait là, l'on dirait : «
regardez ! les habitant·e·s des Outre-mer seraient ceux qui contribuent
le plus en France au changement climatique ! ». Cependant, il faut aussi
se rappeler que les émissions de GES résultent non seulement des modes
de consommation, mais aussi des modes d'occupation des sols, des
structures et modes de production énergétique. Ainsi, en 2020, tout en
occupant près d'un cinquième du territoire terrestre national (18 %),
leurs émissions ne représentaient que 5,6 % du total.

Par ailleurs, si l'augmentation des émissions de GES des Outre-mer
tranche avec la lente diminution des émissions totales de France, cela
est moins dû à une différence de comportements des habitant·e·s des
Outre-mer et des habitant·e·s de l'Hexagone, qu'à une production
énergétique différente. En 2014, un rapport parlementaire alertait déjà
sur la dépendance des Outre-mer aux énergies fossiles[^28]. En 2023, une
mission d'information parlementaire a fait le même constat[^29]. Malgré
une tendance à la baisse, tous les Outre-mer dépendent encore à plus de
80 % des énergies fossiles telles que le charbon et le pétrole : 83 % en
Guadeloupe (2021) ; 82 % en Martinique (2020) ; 98 % à Mayotte (2020) ;
81 % Guyane (2020) ; 94 % en Polynésie (2019) ; 86 % à la Réunion
(2022), 96 % en Nouvelle-Calédonie (2021)[^30]. Puisqu'elles sont
importées, la dépendance des Outre-mer aux énergies fossiles n'est que
l'autre face d'une non-souveraineté énergétique. Malgré les bonnes
conditions environnementales pour développer l'énergie hydraulique,
solaire, géothermique et les éoliennes, les énergies renouvelables
peinent encore à s'y développer. La part de l'énergie fossile dans
l\'Hexagone est bien plus faible (46 % en 2021) du fait de la dépendance
à l'énergie nucléaire (40 % en 2021)[^31].

Représentant moins de 6 % des émissions de GES français, du fait de
plusieurs facteurs géographiques, les Outre-mer sont en première ligne
des conséquences du réchauffement climatique. La plupart de ces
territoires sont des îles situées dans les latitudes tropicales et
endurent une élévation significative de la température moyenne. Par
exemple, en Nouvelle-Calédonie et en Martinique, de 1970 à 2009, l'on a
constaté une élévation de température de 1, 3 °C et 1, 44 °C
respectivement, soit près de deux fois la moyenne globale sur la même
période[^32]. Pendant cette période, le niveau de la mer a augmenté de
3 mm par an[^33]. L'on estime que le niveau de la mer dans ces
territoires verra une augmentation d'ici la fin du siècle allant de
40 cm à 1 m[^34]. Ces territoires étant entourés de plaines avec des
pentes faibles, une petite élévation (verticale) du niveau de la mer est
suffisante pour causer un retrait (horizontal) important du trait de
côte et donc une perte significative du territoire terrestre. En
Martinique, il est fréquent d'entendre les anciens de la ville du
Vauclin au sud ou du Prêcheur au nord raconter que leur maison d'enfance
ou que le terrain où ils jouaient au football se trouvent aujourd'hui
dans la mer. Bien que ces conséquences ne soient pas spécifiques aux
Outre-mer (l'Hexagone a aussi connu une augmentation de la température
de 1 °C), leur insularité et leur petite taille rend toute perte de
territoire terrestre très problématique pour la vie socioéconomique des
habitant·e·s menaçant de submerger les routes, les marchés, les places
et les habitations du littoral[^35].

Les facteurs géographiques sont aussi importants concernant les
cyclones. Si le réchauffement climatique n'augmente pas la fréquence
générale des cyclones, la disponibilité d'une plus grande masse de
vapeur d'eau dans l'atmosphère, augmente l'intensité des pluies des
cyclones. Il en est de même pour le rapport entre l'augmen­tation de la
température du climat et l'augmentation des vents des tempêtes. Ainsi,
nous assistons non pas à plus de cyclones, mais à plus de cyclones de
plus *haute intensité*[^36]. Cette tendance a déjà causé des
conséquences dramatiques en 2017 à l'image des cyclones Irma et Maria de
catégorie 5 ayant affecté la Caraïbe et singulièrement Saint-Martin et
Saint-Barthélemy. L'augmentation en intensité des cyclones s'accompagne
aussi d'une intensification de l'*onde de tempête*, c'est-à-dire de la
forte élévation temporaire du niveau de la mer le long des côtes causant
des inondations destructrices comme ce fut le cas à New York[^37].

L'élévation du niveau de la mer et le recul du trait de côte induisent
aussi des conséquences politiques importantes pour les peuples du
Pacifique. Comme le rappelait l'écrivain fidjien Epeli Hauʻofa, pour de
nombreux peuples du Pacifique, ils habitent un océan parsemé d'îles et
non des îles entourées d'un océan[^38]. Le recul du trait de côte peut
aussi entraîner la perte de territoire marin. Vu que le territoire marin
des États est établi à partir du trait de côte comme ligne de départ, le
recul de la côte risque de réduire le territoire marin si important pour
ces peuples. Telle fut l'une des raisons de la Déclaration des peuples
polynésiens contre les menaces climatiques à Taputapuatea en Polynésie
appelant à ce que les lignes marines de base soient figées pour garantir
l'existence maritime de ces territoires face au changement
climatique[^39].

Fortement exposés aux conséquences du réchauffement climatique, ces
territoires montrent aussi une grande vulnérabilité. Celle-ci découle
d'abord de leur contenu écologique. En effet, ces territoires possèdent
des écosystèmes endémiques et vulnérables, situés dans plusieurs points
chauds de biodiversité. Au niveau national, 80 % de la biodiversité
française se trouve dans les Outre-mer[^40]. Cela comprend la faune et
la flore terrestre telles la grande forêt amazonienne de la Guyane et
les mangroves de Martinique, Guadeloupe et Mayotte. La Guyane contient
le plus grand bloc forestier de l'Union européenne. Étant six fois plus
petite que l'Hexagone, la Guyane abrite trois fois plus d'espèces de
vertébrés[^41]. 97 % de la biodiversité endémique de la France se trouve
dans les Outre-mer. La biodiversité est aussi marine. Les 11 millions de
km^²^ marins des Outre-mer abritent 10 % des coraux et 20 % des atolls
de la planète[^42]. L'élévation de la température de la mer et
l'acidification des océans constituent aussi une menace pour ces
écosystèmes délicats.

# Une vulnérabilité construite par l'habiter colonial {#une-vulnérabilité-construite-par-lhabiter-colonial .subtitle}

Loin d'être naturelle, la vulnérabilité des territoires face au
changement climatique est le résultat d'une construction historique,
socioéconomique, géographique et politique de l'habiter colonial[^43].
Depuis la construction historique et coloniale de leur économie, ces
territoires affichent des indicateurs sociaux les plus alarmants en
France avec, par exemple, des taux de chômage deux à trois plus élevés
que ceux de l'Hexagone. En 2022, alors qu'il était de 7,1 % dans
l'Hexagone, les taux de chômage en Outre-mer atteignent environ 13 % en
Martinique et en Guyane, 11 % en Nouvelle-Calédonie, 18 % en Guadeloupe
et à la Réunion, et 34 % à Mayotte[^44]. Seule la Polynésie affiche des
chiffres comparables avec 9 % en 2022[^45]. En 2018, respectivement 39 %
et 77 % des Réunionnais·e·s et des Mahorais·e·s vivaient sous le seuil
de pauvreté[^46]. Par ailleurs, le mode de calcul par l'INSEE de ces
taux comporte des biais qui tendent à sous-estimer ce problème[^47]. Le
coût de la vie est bien plus élevé dans les Outre-mer qu'en Hexagone. En
2020, une étude révèle que le panier alimentaire était entre 37 % et
46 % plus cher en Outre-mer qu'en Hexagone[^48]. S'y ajoutent de
nombreuses défaillances dans la mise en place du service public
entravant concrè­tement l'accès à certains droits sociaux comme cela fut
constaté aux Antilles par le défenseur des droits en 2023[^49]. Cette
persistance des inégalités avec l'Hexagone fut l'une des critiques des
mouvements de grève générale en Guadeloupe et en Martinique et à la
Réunion en 2009, à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie en 2016, et en
Guyane française en 2017[^50]. Malgré la loi votée en 2017 pour
l'égalité réelle en Outre-mer, les inégalités restent fortes[^51]. La
quête d'une « égalité réelle », garante du processus de décolonisation,
reste au cœur des revendications de la société civile.

L'habiter colonial maintient des économies structurellement fondées sur
la non-souveraineté alimentaire de leurs habitant·e·s. L'absurdité de
l'habiter colonial face au changement climatique rencontre l'une de ses
plus fortes manifestations dans la culture de la banane aux Antilles. À
chaque cyclone de moyenne intensité, les plantations de ces herbes
géantes se retrouvent fortement endommagées. Nous avons donc une
agriculture qui repose sur la résistance annuelle d'une herbe géante à
des vents de plus de 200 km/h. De même, spécialisée dans l'exportation
de sucre, le Global Footprint Network estime que l'île de La Réunion
excède annuellement sa biocapacité -- la capacité des écosystèmes à
régénérer ce qui en a été retiré par les humains -- de 3 200 %, la
classant au troisième rang des territoires les plus déficitaires au
monde[^52]. La Martinique et la Guadeloupe sont aux 18^e^ et
21^e^ rangs, excédant respectivement leur biocapacité de 680 % et 590 %.
Les Antilles et la Réunion exportent des milliers de tonnes de bananes
et de sucre sans pour autant pouvoir nourrir leurs habitant·e·s ni
assurer un renouvellement biologique de leurs écosystèmes. La
persistance de l\'habiter colonial se remarque aussi par la
non-­souveraineté énergétique de ces territoires dépendants à plus de
80 % de l'énergie fossile[^53]. Cela signifie que l'impossibilité du
transport d'un pétrolier (pour cause de cyclone ou d'autres évènements)
peut plonger les infrastructures dans ces territoires dans une paralysie
mortelle. Comme la situation de Saint-Martin après le cyclone Irma nous
l'a montré, la fragilité des infrastructures d'accès à l'eau, la
non-­souveraineté alimentaire, et la non-souveraineté énergétique
conjuguées à des situations de précarité et de pauvreté constituent les
ingrédients d'une catastrophe en attente de se produire à n'importe quel
aléa environnemental intense[^54].

Enfin, loin des seules conséquences du réchauffement climatique, ces
territoires sont exposés aussi à une multitude de risques
environnementaux qui se conjuguent. L'émergence d'un volcan sous-marin
au large de Mayotte engendre un affaissement de l'île *face* à une
élévation du niveau de la mer à cause du réchauffement climatique[^55].
La Martinique et la Guadeloupe demeurent des îles volcaniques, situées
dans une zone de subduction et qui connaissent une activité sismique
régulière. Par ailleurs, elles restent marquées par le scandale de la
contamination au chlordécone. Cet insecticide, utilisé officiellement de
1972 à 1993 dans les bananeraies, a entraîné une contamination durable,
généralisée et délétère des écosystèmes antillais, y compris des
humains[^56]. Or les fortes pluies présentes lors de tempêtes tropicales
ou cyclones créent souvent des dommages dans les canalisations ayant
pour conséquence la pénétration de chlordécone dans les systèmes
d'adduction d'eau et la contamination de l'eau du robinet.

# Les Outre-mer peuvent-ils parler face au changement climatique ? {#les-outre-mer-peuvent-ils-parler-face-au-changement-climatique .subtitle}

Reprenant la formulation de Gayatri Spivak à propos des subalternes, les
habitant·e·s des Outre-mer ont-iels la possibilité politique de prendre
la parole face au changement climatique ?[^57] Sont-iels considéré·e·s
comme des sujets politiques à part entière, doué·e·s de parole, portant
leurs propres cosmologies et conceptualisations des enjeux climatiques
et droits de prendre part aux discussions nationales et internationales
? Politiquement, parallèlement à leur forte exposition aux conséquences
du réchauffement climatique et à leur vulnérabilité écologique et
sociopolitique, les Outre-mer français sont également marginalisés au
sein de la République ­française. Tout d'abord, au niveau électoral, les
Outre-mer pèsent bien peu dans la politique nationale française avec
leurs 2,6 millions ­d'habitant·e·s. Plus profondément, l'idée que les
citoyen·ne·s ­français·e·s d'Outre-mer puissent parler sur d'autres
sujets nationaux que leurs réalités sociales et politiques (et même là,
ce n'est pas acquis) semble sinon saugrenue à tout le moins difficile à
accepter dans l'imaginaire hexagonal. En revanche, il va de soi que les
­habitant·e·s, élu·e·s et représentant·e·s de l'Hexagone ont l'évidente
légitimité à discourir sur les réalités des Outre-mer. Cette asymétrie
politique et symbolique est l'une des continuités du rapport colonial
entre « Métropole » et Outre-mer. C'est le principe même d'un ministère
des colonies, rebaptisé en 1946 « ministère de l'Outre-mer » qui reste
domicilié en Hexagone. C'est le principe de la nomination de ministres
et ministres délégués des Outre-mer, comme le fait le gouvernement
Macron depuis 2022, qui n'ont aucun lien d'appartenance avec les
territoires d'Outre-mer.

Au niveau épistémique, cette marginalisation structurelle, politique et
symbolique se perpétue au sein de la compréhension théorique des enjeux
écologiques mondiaux depuis la France hexagonale, au sein de l'écologie
politique française, des ­mouvements écologiques et des politiques
environnementales nationales. L'histoire de la production intellectuelle
de l'écologie politique et de la philosophie environnementale en France
atteste de l'histoire du silence colonial et de l'exclusion des voix des
Outre-mer. Outre ­l'invisibilisation des voix, ce racisme épistémique
latent entraîne aussi l'absence de reconnaissance d'autres manières de
penser, problématiser, écrire et raconter le changement climatique[^58].

Les statuts ambivalents de certains territoires d'Outre-mer (COM) en
France et dans leur rapport à l'Union européenne reproduisent à
l'échelle nationale et internationale des formes d'exclusion. D'un côté,
les Outre-mer n'ont pas de voix propre sur la scène internationale de
discussion du changement climatique. En ce qui concerne la CCNUCC, en
dépit de leur importance écologique, les territoires d'Outre-mer n'ont
pas de voix propres. Contrairement à leurs voisins tels que les Fiji, le
Vanuatu et Tuvalu dans le Pacifique, les Comores et l'île Maurice dans
l'océan Indien, et Sainte-Lucie, Dominique, le Surinam et Haïti dans la
Caraïbe, les Outre-mer n'ont ni le statut de partie, ni celui
d'observateur. Ils sont officiellement représentés par la France.

D'un autre côté, quand la France signa et ratifia la CCUNCC en 1992 et
1994, elle a inclus toutes les émissions des territoires d'Outre-mer.
Autrement dit, la France doit informer les autres membres du progrès de
la réduction des GES de tous ses territoires y compris les COM.
Cependant, la signature par la France du Protocole de Kyoto s'est
déroulée dans le cadre de son affiliation à l'Union européenne. Or,
comme les COM ne font pas partie de l'Union européenne, les accords et
provisions du protocole de Kyoto ne ­s'appliquent pas aux COM et à la
Nouvelle-Calédonie -- contrairement aux DROM. Autrement dit, le niveau
de référence des émissions de GES de 1990 à partir duquel la France doit
réduire ses émissions n'inclut pas les émissions et la participation des
COM -- composés à l'époque de Saint-Pierre-et-Miquelon, Mayotte, La
Polynésie, Wallis-et-Futuna et la Nouvelle-Calédonie. Les COM sont donc
exclus du Protocole de Kyoto et des programmes associés concernant les
émissions. Comme ce fut le cas lors de la COP 21, les COM et la
Nouvelle-Calédonie doivent s'engager individuellement à respecter ces
accords, mais cet engagement a lieu dans leur rapport avec la France et
non sur la scène internationale.

Cette exclusion des scènes internationales a aussi des conséquences sur
l'accès à certains financements internationaux pour les Petits États
Insulaires en Développement tels que le Fonds vert. Créé en 2010 dans le
cadre de la CCNUCC, ce fonds a vocation à financer les projets des États
en voie de développement, les PIED et les États Africains qui font face
au changement climatique. Contrairement aux États indépendants, les
Outre-mer français n'y ont pas accès.

Pris dans cet entre-deux politique, les Outre-mer, comme de nombreux
acteurs non étatiques, tentent d'influencer les décisions
internationales sur le changement climatique en prenant part aux
différents évènements annexes aux COP et aux espaces informels[^59]. Ils
poursuivent deux stratégies principales. La première consiste à faire
pression au niveau de l'affiliation nationale et européenne afin
d'obtenir les moyens nécessaires pour faire face et s'adapter au
changement climatique. Telle fut l'intention du rapport remis en amont
de la COP21 en 2015 par trois députés des Outre-mer, Serge Letchimy
(Martinique), Ibrahim Aboubacar (Mayotte) et Maïna Sage (Polynésie) au
Parlement français. Les trois députés rappelèrent la situation
particulière de ces territoires français qui subissent les mêmes
conséquences que leurs voisins indépendants sans pour autant avoir accès
aux mêmes formes de financement :

> « le changement climatique n'a pas de frontière ! Aussi, s'il est tout
> à l'honneur de notre Nation de s'engager pour les États indépendants
> les plus démunis et vulnérables, il paraît inconcevable que les
> Outre-mer français ne puissent pas être soutenus de la même manière,
> au regard à la fois de l'hypervulnérabilité environnementale et
> économique de leurs territoires et des services exceptionnels rendus
> par leur biodiversité terrestre et maritime ! Ces espaces, qui ont
> servi aux forces spatiales et militaires de la France, sont un atout
> géostratégique majeur qui mérite toute l'attention de notre Pays.
> »[^60]

Les territoires d'Outre-mer tentent alors d'obtenir les moyens
nécessaires depuis leur position de territoires français. Ainsi, le
fonds vert d'une valeur de 2 milliards d'euros à destination des
collectivités de France créé en 2023 concerne aussi les Outre-mer. Parmi
les 150 premiers projets lauréats, 18 projets concernent les Outre-mer
(Guadeloupe, Martinique, Réunion, Guyane, Mayotte et
Saint-Pierre-et-Miquelon) pour un montant total de 8,5 millions
d'euros[^61].

Des initiatives au niveau européen se montent également. *L'Association
des Pays et Territoires d'Outre-mer de l'Union européenne* a mis en
place un groupe de travail sur l'environnement comprenant des dialogues
entre les PTOM et la commission européenne sur le changement climatique.
À l'initiative du comité français de L'Union Internationale pour la
Conservation de la Nature (UICN), un programme spécifique pour les
acteurs ultramarins fut lancé en 2011 nommé programme *Biodiversity and
Ecosystems Services in EU Overseas Countries and Territories* (BEST) et
financé par l'Union européenne. Bien que ce programme ait permis la
réalisation de plusieurs projets locaux, les fonds restent encore
insuffisants pour le travail nécessaire de conservation. Le Conseil
Économique, Social et Environnemental (CESE), qui est le troisième corps
de représentation en France à côté du Parlement et du Sénat, constitué
de membres de la société civile, arrive à la même conclusion dans un
rapport sur les apports de la justice climatique en 2016. Parmi ses
propositions, le CESE appela à la création d'un fonds pour une justice
climatique spécifique pour tous les territoires d'Outre-mer, et la mise
en place, là où cela est possible, de solutions adaptées[^62].

La seconde stratégie consiste, pour les Outre-mer, à développer et
participer à des alliances et coalitions régionales avec d'autres pays
indépendants permettant un autre accès à la scène internationale. C'est
le cas par exemple de la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie qui font
partie depuis 2006 du Forum des îles du Pacifique, de la Martinique qui
devient membre à part entière des États de la Caraïbe Orientale (OECS)
et de la Communauté Caribéenne (CARICOM), et de la Réunion et de Mayotte
qui font partie de la Commission de l'Océan Indien (COI). Le Forum des
îles du Pacifique, le CARICOM et la COI ont tous le statut d'observateur
aux conférences des parties.

La faible part des émissions des Outre-mer dans le total de la France,
leur forte exposition aux conséquences du réchauf­fement climatique, et
leur faible représentation dans les instances de ­décisions politiques et
de gestion de l'environnement sont les motivations d'une exigence de
justice climatique infranationale. En ­m'appuyant sur les 27 principes de
la justice climatique définis dans la déclaration de Bali en 2002,
j'attire l'attention sur trois points fondamentaux en vue d'une
véritable justice climatique pour les Outre-mer[^63].

Premièrement, les principes 3, 19, 20 et 21 affirment les droits des
peuples autochtones et des communautés affectées d'être représentés et
de parler pour eux-mêmes, d'être impliqués de manière démocratique et
effective à tous les niveaux de décision, d'avoir des politiques
publiques basées sur le respect mutuel et la justice libre de toutes
formes de biais ou discriminations, le droit d'auto­détermination et de
contrôle de leurs terres, leurs sous-sols et le droit de dire « non » à
toute action menaçant leur territoire, mode de vie et culture.
Aujourd'hui, les Outre-mer ne sont pas encore représentés adéquatement
de manière spécifique sur les enjeux du réchauffement climatique, ni au
niveau politique, ni au niveau scientifique. Le droit de tous ces
territoires à être souverains sur leur terre reste encore conditionné au
bon vouloir des gouvernements de Paris. *Une justice climatique pour les
Outre-mer impliquerait alors de reconnaître en chaque territoire, le
pouvoir et le droit de décision des communautés sur leurs territoires
terrestres et marins.*

Deuxièmement, le principe 7 de la justice climatique appelle à la
reconnaissance du principe de la dette écologique des pays
industrialisés et des entreprises transnationales vis-à-vis du reste du
monde à cause de leur accaparement de la capacité de la planète à
absorber les gaz à effet de serre. *Ici, une justice climatique pour les
Outre-mer impliquerait la reconnaissance de la France, de la dette
écologique qu'elle a contracté à l'égard de ces territoires ancien­nement
colonisés, ainsi que ses autres anciennes colonies aujourd'hui
indépendantes, au cours de la longue histoire coloniale de leur
exploitation compulsive et extractiviste de leurs écosystèmes, de leurs
sols, sous-sols, biodiversité et animaux humains et non-humains*.

Troisièmement, les principes 22 et 11 de la justice climatique appellent
aussi à la reconnaissance des droits des femmes dans les Outre-mer et au
développement d'alternatives aux énergies fossiles telles que les
énergies renouvelables. *Une justice climatique pour les Outre-mer
implique la mise en place de mesures spécifiques pour le respect des
droits des femmes et la mise en place d'un changement radical des
politiques énergétiques dans ces territoires.* Ces trois points me
semblent fondamentaux en vue de réaffirmer la sacralité de la Terre-mère
et de prendre en compte les droits des générations futures.

# Justice climatique ou décoloniser le changement climatique ? {#justice-climatique-ou-décoloniser-le-changement-climatique .subtitle}

La quête d'une justice climatique infranationale concernant les
Outre-mer comporte malgré tout un certain trouble. Un trouble inhérent à
l'histoire de cette forme singulière de décolonisation sans souveraineté
et aux modalités assimilationnistes des départementalisations après 1946
où l'intégration à l'ensemble républicain fut conditionnée à l'oubli et
au silence sur l'histoire de la construction coloniale et esclavagiste
de ces relations[^64]. L'exigence d'une justice climatique pour les
Outre-mer implique-t-elle nécessairement une validation implicite de la
relation politique de ces territoires à la France hexagonale ? Les
revendications ­d'égalité sous-jacentes aux exigences de justice
supposeraient-elles ­d'entériner la relation postcoloniale
Outre-mer/Hexagone et de taire toute critique ? Faut-il « aimer la
France » pour y exiger justice face au changement climatique[^65] ? Les
Outre-mer et leurs représentants n'auraient-ils pour seules perspectives
politiques sur Terre que d'entonner *ad vitam aeternam* au Parlement le
chant de leur dépendance à l'Hexagone et de leur vulnérabilité comme
ressources d'action et de renoncer à un possible désir de
souveraineté[^66] ? Ce trouble qui conditionnerait l'exigence de justice
climatique à une conformation au récit vertical de l'Hexagone envers les
Outre-mer est entretenu par une compréhension de la justice climatique
qui reste prisonnière de ce que j'ai appelé la « double fracture
environnementale et coloniale de la modernité »[^67], c'est-à-dire une
approche qui tient pour séparées l'histoire environ­nementale du monde et
la constitution coloniale de la modernité. Il reste encore possible
d'appréhender les trois points évoqués d'une justice climatique
infranationale pour les Outre-mer d'une manière techniciste. Aussi
est-il important de préciser la différence entre l'exigence de justice
climatique et ­l'exigence d'une décolonisation du changement climatique.

Dans une perspective environnementaliste voire techniciste, le
changement climatique ne serait que ce processus physicochimique qui est
certes causé à travers des inégales accélérations d'émissions de GES
dans le monde et non par les inégalités historiques et contemporaines.
Les réponses « politiques » seraient alors tout aussi technicistes,
mesurées en limitations d'émissions en part par million, en degré de
température, et non en termes de qualité de relations entre humains et
avec les non-­humains au sein des écosystèmes de la Terre. Tel est le
langage principal des accords des COP qui réduisent le problème
politique du réchauffement climatique à une politique économique de
distribution de droits à polluer. Paradoxalement, même les slogans
scandés par les ­mouvements pour le climat tels que « Sauvons le climat !
» participent à une compréhension dépolitisante faisant intervenir le
climat comme principal acteur politique. La justice climatique serait
ainsi réduite à une arithmétique des émissions avec des pondérations
différenciées selon les territoires, occultant le principe politique de
la justice. Or, cette équation, de même que ces slogans, ne contiennent
aucun contenu politique (féministe, anticapitaliste ou anticolonial), ni
de description des relations socio-environ­nementales qui relient les
humains entre eux et avec les non humains. Autrement dit, « sauver le
climat » ou « mieux répartir les émissions de gaz à effet de serre » ne
contient aucune proposition politique du monde envisagé à ­l'horizon. Par
conséquent, il reste possible d'imaginer une justice climatique qui ne
changerait en rien le monde, ses dominations, injustices et inégalités.

C'est depuis cette perspective techniciste que l'on voit poindre le
réflexe colonial à travers les répliques bien connues : « Ben, face aux
désastres climatiques, heureusement que les Outre-mer sont français », «
Que feraient-ils sans la France ? ». Est ici réaffirmée la posture d'une
« France » qui après avoir pillé les écosystèmes de ces espaces, commis
de nombreux crimes coloniaux envers leurs ­habitant·e·s[^68], se présente
en grande libératrice, maintenant les habitant·e·s des Outre-mer comme
des êtres déficients, dont le propre serait d'être sauvés par la main
blanche et innocente « française ». Dans le cas des Outre-mer, l'aide
dispensée lors d'évènements climatiques intenses à l'instar des cyclones
n'est pas perçue comme la coopération ou la solidarité internationale
courante entre pays, par exemple lors des mégafeux. Au contraire, elle
peut devenir la réitération d'une justification de la poursuite du
rapport colonial aux Outre-mer et de la poursuite de la représen­tation
de leurs habitant·e·s comme ces monstres à moitié français qui habitent
l'en dehors de la France.

Cet impensé colonial et le trouble engendré constituent la limite des
approches classiques de la justice climatique. Cela explique la
nécessité non seulement d'une justice climatique, mais plus encore d'une
*décolonisation du changement climatique*. Par cette expression, il
s'agit d'abord de reconnaître la colonialité à l'œuvre dans les
inégalités de contributions des activités humaines causant le
réchauffement du climat, dans l'inégale distribution des conséquences,
de même que dans les inégalités de places, de paroles et de possibilité
d'action au niveau national et international. La revendication d'une
décolonisation du changement climatique appelle à joindre ensemble à la
fois les mesures économiques et politiques de réduction des émissions,
de redistribution des capacités ­d'adaptation et une reconfiguration
politique du monde au sortir de la colonisation moderne à travers des
relations entre ancien·ne·s colonisé·e·s et colons et leurs différents
groupes sociaux, entre Nord global et Sud global, qui seraient fondées
sur les principes d'égalité, de justice et de dignité. Cette exigence
décoloniale fut déjà inscrite dans la déclaration des principes de la
justice environ­nementale adoptés lors du « premier sommet national des
peuples de couleur » de 1991 à Washington[^69], déclaration qui a servi
de modèle pour la Déclaration des principes de la justice climatique à
Bali. Une exigence qui, de fait, excède les frontières nationales.

En attendant les possibles évolutions de la composition des Outre-mer,
envisager une décolonisation du changement climatique à partir de la
France implique un double déplacement épisté­mique et politique qui rend
possible l'émergence réelle d'un autre monde au sortir de la
colonisation et de l'esclavage. Deux précisions préalables sont
nécessaires. Premièrement, la décolo­nisation du changement climatique en
France, n'est pas une demande desdits « ultramarins » à la France, telle
une demande d'assistance ou un appel à la charité. Cela donnerait
l'illusion qu'il s'agirait encore de quelque chose d'acces­soire voire de
dispensable à la politique française du climat. Or, la décolonisation du
chan­gement climatique est tout aussi importante au regard des réalités
sociales et économiques des Outre-mer que de celles du territoire
hexagonal face à ses propres inégalités territoriales (notamment entre
régions rurales et urbaines) et les discriminations imposées aux femmes,
aux pauvres et aux personnes racisées vivant dans les quartiers
populaires. Elle est au contraire l'une des conditions de l'élabo­ration
d'une politique climatique française à la hauteur de cet enjeu majeur.
Deuxièmement, il ne s'agit pas non plus de faire œuvre de *tokenism* en
faisant figurer quelques personnes racisées dans les institutions pour
se donner bonne image tout en maintenant intacte les structures
historiques. Par exemple, bien qu'avoir un·e ­habitant·e ­racisé·e des
Outre-mer comme ministre de l'Outre-mer est significatif symboliquement,
cela ne modifie en rien la structure des relations postcoloniales entre
Hexagone et Outre-mer.

La décolonisation du changement climatique depuis la France implique un
déplacement épistémique radical double dans la façon d'appréhender à la
fois le changement climatique et le territoire français à partir duquel
il est pensé. Le premier déplacement épistémique nécessaire est celui
d'une modification de la conception du territoire national français.
Loin du seul territoire monolithique hexagonal européen, la France est
un territoire multi-situé réparti au sein de trois océans. L'on
resterait dans l'hypocrisie coloniale en se revendiquant de la «
Métropole » et en louant la belle biodiversité ultramarine telle des
trophées tout en refusant de reconnaître des places, des paroles et des
dignités avec celleux qui habitent ces territoires. La reconnaissance de
ces dignités ne peut faire l'économie d'un engagement politique et
juridique fort face à l'histoire coloniale et esclavagiste à l'origine
de ces rapports et de cette situation aujourd'hui. Cette reconnaissance
doit impliquer comme le prévoit l'article 1^er^ de la charte des
Nations-Unies, « le principe de l'égalité des droits des peuples et de
leur droit à disposer d'eux-mêmes », et donc la possibilité pour les
territoires d'Outre-mer qui le souhaitent de modifier leur statut et
d'accéder à la pleine et indépendante souveraineté. Réaliser que la
France est un État multi-situé, construit à partir d'un Empire colonial
et esclavagiste, est la condition de la compréhension du rapport
géographique de la France au globe, de ses manières d'habiter voire
d'occuper la Terre, de sa terrestrialité. La question « où atterrir ? »,
titre d'un ouvrage remarqué du philosophe des sciences, feu Bruno
Latour, sera toujours biaisée si l'on fait l'économie d'une
interrogation sur les points de départ coloniaux de la composition d'un
monde[^70]. On ne peut devenir terrestre ni « atterrir » sans d'abord
engager une autre relation avec les territoires dont les violences ont
permis à l'Hexagone de préserver certaines de ses terres.

Le second déplacement épistémique implique une refonte de la politique
liant l'Hexagone et les Outre-mer au regard de leur importance
écologique et la reconnaissance des habitant·e·s des Outre-mer comme des
sujets politiques à part entière tant au niveau régional, national
qu'international. La Déclaration de « Fort-de-France » du 18 mai 2022
(aussi désignée comme « appel de Fort-de-France ») rédigé lors de la
conférence des RUP françaises rassemblant les président·e·s de régions
de Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, la Guyane, La Réunion, et
Mayotte atteste de la demande de cette refonte politique. Les élu·e·s
notant « l'urgence d'ouvrir d'une étape historique pour \[les\]
territoire d'Outre-mer » appellent à « refonder la relation entre nos
territoires et la République par la définition d'un nouveau cadre
permettant la mise en œuvre de politiques publiques conformes aux
réalités de chacunes de \[leurs\] régions. »[^71]

À côté des nécessaires redistributions économiques œuvrant à améliorer
les conditions de vie, et à veiller aux respects des droits fondamentaux
des habitant·e·s tels que l'accès à l'eau, ou l'amélioration des
infrastructures de santé, il reste à inventer une relation politique
entre Hexagone et Outre-mer qui tiennent compte de l'importance
écologique de ces territoires. Si les 2,6 millions ­d\'habitant·e·s en
Outre-mer sont les premiers responsables de 80 % de la biodiversité
française, alors, faire face au changement climatique implique de créer
une modalité de représentation politique, une forme de démocratie
environnementale (voire de démocratie climatique), qui soit à la hauteur
de leur poids écologique. De la création d'un autre Parlement écologique
qui opère sur une temporalité plus longue que les institutions actuelles
à la délocalisation du ministère de l'Écologie en Guyane, à la création
de sièges parlementaires additionnels dédiés aux enjeux écologiques, à
l'accès à une plus grande souveraineté législative, ou encore à la
création d'une représentation internationale des Outre-mer dans les COP,
plusieurs réponses sont possibles.

Cette refonte requiert aussi des formes de redistribution en termes de
productions scientifiques et d'accès à la recherche. Trop longtemps les
Outre-mer ont été les territoires-objets d'un extractivisme colonial et
scientifique[^72] où la recherche scientifique n'était menée ni par ni
pour les habitant·e·s de ces territoires. Or, encore une fois, vu leur
importance écologique et leur exposition, ces territoires et, *en
premier lieu leurs habitant·e·s*, auraient toute légitimité à constituer
des pôles scientifiques de référence, toutes disciplines comprises, sur
les enjeux écologiques. Enfin, pour des territoires ayant vécu de tels
écocides[^73] -- une destruction massive et potentiellement irrémédiable
des écosystèmes -- à l'image des essais nucléaires, de l'extracti­visme
minier en Nouvelle-Calédonie et en Guyane, des pollutions aux pesticides
comme en Martinique, en Guadeloupe et à la Réunion, le financement
automatique de tous les masters et thèses menés sur les enjeux
écologiques par les ­habitant·e·s locaux serait un point de départ
matériel fondateur pour sortir de la colonialité contemporaine à l'œuvre
dans la politique scientifique sur le changement climatique et sur les
Outre-mer. Plus qu'un finan­cement de la recherche, c'est aussi le type
de recherche et de science qui reste à repenser. Une recherche qui
adopte le principe de la justice épistémique, reconnaissant les
différentes sources et formes de production de savoir[^74]. Une
recherche qui reconnaît par exemple le rôle fondamental, politique et
épistémique des associations et collectifs de ces territoires depuis
plus de 40 ans, tant dans la défense des écosystèmes que dans la
conceptualisation des enjeux écologiques (ex. Zéro poison -- zéro
chlordécone et l'Assaupamar en Martinique, Vivre et Envie-Santé en
Guadeloupe, 193 en Polynésie, Ensemble pour la Planète en
Nouvelle-Calédonie, Sillages à la Réunion ou La jeunesse autochtone de
Guyane en Guyane).

Enfin, décoloniser le changement climatique depuis la France implique
aussi de penser ces mesures dans le cadre plus large des justices et
réparations demandées face aux crimes de ­l'esclavage et de la
colonisation. Si le philosophe africain-­américain Olúfẹ́mi Táíwò a bien
montré comment des politiques de réparations concernant l'esclavage et
la colonisation ne pouvaient se déployer sans une forme de justice
climatique[^75], l'autre versant est tout aussi important. Réitérant une
proposition faite ailleurs, je pense que l'on ne saurait envisager la
justice climatique sans l'adosser à des réparations face aux crimes
historiques de la colonisation et de l'esclavage[^76]. Avant d'être
présentés aujourd'hui comme des territoires écologiquement importants
pour la France, ces espaces furent considérés comme des « zones
sacrifices »[^77] de la France, où ­l'exploitation compulsive des humains
et non humains était pensée sans limite. Rappelons-nous que les derniers
essais nucléaires français en Polynésie eurent lieu en 1996, soit 4 ans
après que la France ait signé la Convention Cadre des Nations Unies sur
le changement climatique à Rio[^78]. Or, à ce jour, la France n'a jamais
eu à rendre des comptes pour ces crimes coloniaux et postcoloniaux.
Comment peut-on aujourd'hui revendiquer haut et fort, dans une forme
­d'innocence blanche[^79], une responsabilité pour les écosystèmes de ces
territoires sans, dans le même temps, prendre en compte la longue
histoire de prédation coloniale et de déshumanisation des peuples qui y
habitent ? *On arrive à la conclusion logique que l'on ne peut
décoloniser le changement climatique, ni même la justice climatique
sans, dans le même temps, décoloniser la France, tant son imaginaire
politique de la nation ses institutions culturelles, scientifiques, et
politiques et ses manières d'habiter la Terre.* C'est littéralement la
possibilité d'un autre monde au sortir de la colonisation et de
l'esclavage qui est en jeu.

# Faire monde par-delà les Outre-mer {#faire-monde-par-delà-les-outre-mer .subtitle}

En guise de conclusion, il reste un autre point fondamental à aborder.
Comme indiqué, le terme « Outre-mer » contient en lui-même la
perspective coloniale de l'historique Empire français. Aussi ­l'exigence
d'une décolonisation du changement climatique ne peut se restreindre aux
frontières nationales de la France. Il serait bien contradictoire de
proposer une politique décoloniale du changement climatique tout en se
bornant aux frontières géographiques érigées par un ancien Empire
colonial. En effet, les inégalités et discriminations de contribution,
d'exposition et de vulnérabilité face au réchauffement climatique mises
en cause dans les rapports entre Hexagone et Outre-mer français,
héritées de la longue histoire coloniale de la modernité se retrouvent à
l'ensemble de la surface de la planète. Ainsi, décoloniser le changement
climatique depuis la France implique paradoxalement de sortir des seuls
canaux infranationaux de communications et d'échanges entre territoires
d'Outre-mer et Hexagone. Une décolonisation du changement climatique
*depuis* les différents territoires des Outre-mer exige de continuer à
poursuivre les échanges, les dialogues et les alliances avec au moins
quatre types de territoires et formes de non-­souveraineté dans le monde.

En premier lieu, loin d'être une exception française, les Outre-mer
français font partie d'un ensemble de territoires « ultramarins » dans
le monde acquis en partie lors de colonisations et conquêtes armées par
des États tels que le Royaume des Pays-Bas, les États-Unis, le Danemark,
Le Royaume-Uni, la Finlande, la Norvège, la Chine, la Corée du Sud, la
Nouvelle-Zélande et l'Australie[^80]. Figurent parmi eux : Porto Rico,
les îles Vierges, les îles Samoa, les îles Mariannes et Guam
(États-Unis) ; Aruba, Bonaire, Saint-Eustache, Saba, Curaçao et
Sint-Marteen (Pays-Bas) ; Anguille, Montserrat, les îles Caïmans, les
îles vierges Britanniques, les îles Turks et Caïques, Les Bermudes, les
îles Pitcairn, les îles Falkland, et Sainte-Hélène (Royaume-Uni) ; les
îles Féroé et le Groenland (Danemark) ; les îles Cook et Tokelau
(Nouvelle-Zélande). La plupart de ces territoires non souverains sont
situés entre les latitudes tropicales concentrant à la fois des points
chauds de biodiversité, mais aussi une forte exposition aux conséquences
du changement climatique. Certains, tels que le Groenland, sont devenus
des points stratégiques pour comprendre et suivre l'évolution du
changement climatique. Mais il n'est pratiquement jamais mentionné qu'il
s'agit d'un territoire non souverain avec plus de 50 000 personnes y
compris le peuple Tunumiit. À l'instar des Outre-mer français, tout en
ayant peu contribué au changement climatique, ces territoires et leurs
­habitant·e·s sont aussi pris dans des rapports d'inégalités
territoriales, de marginalisation politique et juridique par rapport à
leurs États tutélaires. C'est ce que montre l'étude de la chercheuse
Daphina Misiedjan concernant les territoires Outre-mer des
Pays-Bas[^81].

En second lieu, l'on trouve aussi un ensemble de territoires abritant
différents peuples autochtones avec des niveaux d'autonomie législative
et politique divers. On y trouve les territoires tels ceux des peuples
Lakota et Sioux aux États-Unis, Guarani, Krenak et nombreuses
communautés maronnes au Brésil, Kalinas et Bonis en Guyane, Saramakas au
Surinam, Walpiris et Mangalas en Australie, Lenkas au Honduras, Bakas et
Twas en République du Congo, les Ogonis au Nigéria, les Samis en
Norvège, les Nuns premières nations du Canada, les Kanak en
Nouvelle-Calédonie/Kanaky et Maohis en Polynésie. La carte réalisée par
l'association Native Land Digital permet de visualiser ces territoires à
l'échelle du globe[^82]. Ces peuples qui n'ont que peu contribué au
réchauffement climatique se retrouvent plus exposés aux conséquences
tout en étant dans des conditions sociales précaires et demeurent
marginalisés politiquement au sein de leur État tutélaire ainsi que sur
la scène internationale.

Troisièmement, figurent des territoires qui, bien qu'officiel­lement
indépendants et souverains, se retrouvent dans des formes de dépendance
et de domination économique et politique soit vis-à-vis de leur ancienne
Métropole coloniale à travers des accords secrets à l'instar de la «
France-Afrique[^83] », soit vis-à-vis des pays dits du Nord et des
institutions telles que la Banque Mondiale, l'Organisation Mondiale du
Commerce (OMC) et le Fonds Monétaire International (FMI). Comme nous
l'ont montré les penseur·se·s des théories et pratiques décoloniales et
anticoloniales tels que Anibal Quijano, Walter Mignolo, Catherine Walsh,
Arturo Escobar, Walter Rodney, Macarena Gomez-Barris et bien d'autres,
la colonialité forgée pendant les périodes de colonisation et
d'esclavage se poursuit par-delà les indépendances dans les modes de
relations, la compréhension du pouvoir, des savoirs, de l'Être, les
manières d'habiter la Terre et même dans les manières de protéger
l'environnement\[\^84\]. Ce sont des territoires statutai­rement
indépendants avec leurs propres organisations politiques et
législatives. Pourtant le régime néolibéral du marché international et
le gouvernement par la dette imposent des contraintes à ces pays qui de
fait portent atteinte à leur souveraineté. Cette situation est
particulièrement problématique pour les Petits États Insulaires en
Développement (PEID). De la Barbade à Tuvalu, en passant par l'Île
Maurice, et Samoa, les PEID issus de la vague de décolonisation de la
deuxième moitié du 20^e^ siècle se retrouvent aussi dans une situation
d'inégalité politique et économique sur l'échiquier capitaliste
international tout en étant en première ligne des conséquences du
changement climatique.

Enfin, quatrièmement, les quartiers populaires et singulièrement les
quartiers populaires de plusieurs pays dits du Nord constituent aussi
des territoires pris dans des formes de non-souveraineté,
particulièrement exposés et vulnérables aux conséquences du changement
climatique telles que les vagues de chaleur, où vivent une majorité de
personnes racisées issues de l'immi­gration postcoloniale. Mis au ban de
la société dans des formes d'écologie-­apartheid, ces habitant·e·s,
souvent racisé·e·s et issus de l'immigration postcoloniale à l'image de
la Seine--Saint-Denis en Île-de-France, ne sont pas, elleux aussi,
pensé·e·s comme des sujets politiques à part entière pouvant proposer
leurs propres conceptions du monde et de la Terre, leurs propres
écologies\[\^85\].

Ces territoires (Outre-mer, territoires autochtones, PEID, quartiers
populaires) concentrent pour la plupart les caractéristiques suivantes.
Bien qu'ayant peu contribué au réchauffement climatique, ils sont
exposés de manière disproportionnée à ses c­­onséquences tout en étant
plus vulnérables économiquement, socialement et écologiquement. Ce sont
des territoires anciennement colonisés par les anciens Empires de
l'Occident qui restent marginalisés au sein de leur propre État et sur
les scènes internationales de discussion du changement climatique.
Reconnaître qu'une partie des inégalités au cœur du changement
climatique suit la fracture coloniale de la modernité occidentale tant
dans les causes et conséquences que dans les arènes politiques
nationales et internationales où se construisent les politiques en
réponse implique une modification profonde dans la manière d'appréhender
le changement climatique et d'y répondre.

En somme, l'on ne saurait résoudre la crise climatique globale sans une
décolonisation totale du monde occidental. L'on ne saurait inventer un
monde commun face à ces dérèglements en cours sans la pleine, digne et
égale participation de ces innombrables voix de la Terre. Celles dont
les présences rappellent chaque jour l'échec existentiel du projet
colonial de l'Occident et dont les timbres portent, avec puissance, le
chant des exigences d'égalité, de liberté et de dignité.

Carte des Outre-mer français réalisée par Aude Chesnais en 2021.

[^1]: Roberts, Timmons et Bradley, Park, *A climate of injustice :
    global inequality, North-South politics, and climate policy,*
    Cambridge, MIT Press, 2006 ; Roberts, Timmons et al., « Climate
    justice and inequality », in Dunlap, Riley et Brulle, Robert
    (dir.),[*Society and climate change : sociological
    perspectives*](https://www.worldcat.org/fr/title/915680477)*,* New
    York, Oxford University Press, 2015, p. 127--165.

[^2]: Field, Christopher et al. (dir.), « IPCC, 2014 : Summary for
    Policymakers », in *Climate change 2014 : impacts, adaptation, and
    vulnerability. Part A : global and sectoral aspects. Contribution of
    Working Group II to the Fifth Assessment Report of the
    Intergovernmental Panel on Climate Change*, Cambridge, Cambridge
    University Press,\
    2014, p. 3.

[^3]: Tendayi, E. Achiume, *Rapport de la Rapporteuse spéciale sur les
    formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de
    xénophobie et de l'intolérance qui y est associée, Crise écologique,
    justice climatique et justice raciale*, Assemblée générale des
    Nations-Unies, 25 octobre 2022, §1.

[^4]: *Jugement n° 1904967-1904968-1904972-1904976 du Tribunal de
    Paris*, le 14 octobre 2021,
    <http://paris.tribunal-administratif.fr/content/download/184990/1788790/version/1/file/1904967BIS.pdf>

[^5]: Défenseur des Droits, *Rapport. discriminations et origines :
    l'urgence d'agir*, 2020.

[^6]: « L'ONU appelle la France à s'attaquer aux "profonds problèmes" de
    racisme au sein des forces de l'ordre », *ONU Info*, 30 juin 2023,
    <https://news.un.org/fr/story/2023/06/1136572>

[^7]: « Chiffres du ministère des Outre-mer », *Le ministre de
    l'Outre-mer*, 21 juillet 2023, <https://www.outre-mer.gouv.fr/>

[^8]: Article 73 de la *Constitution française* (4 octobre 1958).

[^9]: Article 74 de la *Constitution française* (4 octobre 1958).

[^10]: Faberon, Jean-Yves et Ziller, Jacques, *Droits des collectivités
    d'Outre-mer, Manuels*, Paris, 2007 ; M'Saïdié, Thomas et Ziller,
    Jacques, *Les pays et territoires d'Outre-mer dans l'Union
    européenne*, Bruylant, Bruxelles, 2013.

[^11]: « L'Organisation des Nations Unies et la décolonisation : d'hier
    à aujourd'hui », *Nations-Unies*, 16 février 2023,
    <https://www.un.org/dppa/decolonization/fr/nsgt> Voir Ferdinand,
    Malcom, « Entretien avec Oscar Temaru et Moetai Brotherson », in
    Manglou, Mélissa et Ferdinand, Malcom (dir.), *Écologie et
    Politique : Écologies politiques depuis les Outre-mer*, vol. 63,
    Latresne, Le Bord de l'eau, 2021, p.137-148.

[^12]: Résolution A/RES31/4 adoptée par l'Assemblée générale des
    Nations-Unies, le 21 octobre 1976 sur la question de l'île
    comorienne de Mayotte au cours de sa 31^e^ session. Voir Idriss,
    Mamaye, *Le combat pour Mayotte française : 1958-1976*, Paris,
    Khartala, 2018.

[^13]: Quijano, Aníbal, « Colonialidad del poder, eurocentrismo y
    América Latina », in *Lander*, Edgardo (dir.),* La colonialidad del
    saber : eurocentrismo y ciencias sociales*, Buenos Aires, CLACSO,
    2000, p. 202 ; Morisson, Toni, *Playing in the dark : whiteness and
    the literary imagination*, Cambridge, Harvard University Press,
    1999.

[^14]: Léobal, Clémence, *Ville noire, pays Blanc : Habiter et lutter en
    Guyane française*, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 2022. ;
    Brunetaux, Patrick et Pulvar, Olivier, *Les Métropolitains à la
    Martinique : une migration de confort*, Fort-de-France, K. éditions,
    2022. ; Zecler, Michel, *Rester debout*, Paris, Plon, 2021 ;
    Beauvallet, Willy Célestine, Audrey et Roger, Aurélie (dir.), «
    L'État Outre-mer. La construction sociale et institutionnelle d'une
    spécificité ultramarine », *Politix*, vol. 116, n° 4, 2016,
    p. 139-161. ; Marbœuf, Olivier, *Suites décoloniales : s'enfuir de
    la plantation*, Rennes, éditions du commun, 2022 ; Niang,
    Mame-Fatou, *Identités françaises : banlieues, féminités et
    universalisme*, Leiden, Brill-rodopi, 2020.

[^15]: Larcher, Syliane, *L'autre citoyen : l'idéal républicain et les
    Antilles après l'esclavage*, Points, Paris, 2022 \[2014\].

[^16]: Garde, François, *Petit éloge de l'Outre-mer*, Paris, Gallimard,
    2018.

[^17]: Manglou, Mélissa, et Ferdinand, Malcom, « Penser l'écologie
    politique depuis les Outre-mer français », in Manglou et Ferdinand
    (dir.), *Écologies politiques depuis les outre-mer*, *op. cit.*,
    p. 11-26.

[^18]: Gardiner, Stephen, « Climate justice », in Dryzek, John,
    Norgaard, Richard, et Schlosberg, David (dir.), *The Oxford handbook
    of climate change and society*, Oxford University Press, 2011.

[^19]: Schlosberg, David, *Defining environmental justice : theories,
    movements, and nature*, Oxford, Oxford University Press. 2007,
    p. 79--99.

[^20]: Baptiste, Karen, et Rhiney, Kevon, « Climate justice and the
    Caribbean », *Geoforum*, vol. 73, 2016, p. 17-80 ; Perry, Keston,
    « (Un)Just transitions and Black dispossession : The disposability
    of Caribbean "refugees" and the political economy of climate
    justice », Politics, vol. 43, N°2, 2023, p.169--185 ; Sheller, Mimi,
    *Island futures : Caribbean survival in the Anthropocen*e, Durham,
    Duke University Press, 2020 ; Sealy-Huggins, Leon, « 1.5 °C to stay
    alive': climate change, imperialism and justice for the Caribbean »,
    *Third World Quarterly*, vol. 38, N°11, p. 2444--2463.

[^21]: (Obtenu à partir de Flanders Marine Institute (2016). *Maritime
    boundaries geodatabase : maritime boundaries and exclusive economic
    zones (200NM)*, version 9.
    [http://www.marineregions.org](http://www.marineregions.org/) et
    Central Intelligence Agency (CIA). (2018). *The world factbook*.
    <https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/bb.html>

[^22]: Barrett, Sam, « Subnational climate justice ? Adaptation finance
    distribution and climate vulnerability », *World Development*, 58,
    2014, p.130-142.

[^23]: Ferdinand, Malcom, *Penser l'écologie depuis le monde caribéen*,
    Paris, Seuil, 2019, p. 51-68.

[^24]: Ces données ne prennent pas en compte les émissions dues au
    transport aérien et maritime international (comme convenue dans le
    cadre de la CCNUCC). Cela signifie que les trajets entre Hexagone et
    Outre-mer ne sont pas comptabilisés dans les objectifs de réduction
    des émissions. De même, les émissions des COM et de la Nouvelle
    Calédonie ne sont pas prises en compte dans le total officiel de la
    France. Dans cet article, elles le sont.

[^25]: Élaboration propre à partir des inventaires d'émissions de gaz à
    effet de serre et de polluants atmosphériques données des émissions
    dans l'air de Citepa (éditions 2022 et 2023) disponibles à
    <https://www.citepa.org/fr/publications/>

[^26]: Bareigt, Ericka, et Fasquelle, Daniel, *Rapport d'information sur
    l'adaptation du droit de l'énergie aux Outre-mer*, Paris : Assemblée
    Nationale, 2014.

[^27]: Rimane, Davey et Ratenon, Jean-Hugues, *Rapport d'information sur
    l'autonomie énergétique en Outre-mer*, Paris, Assemblée nationale,
    2023.

[^28]: Chiffres obtenus à partir des sources suivantes : Observatoire de
    l'énergie -- Direction de l'Industrie, des Mines et de l'Energie de
    la Nouvelle-Calédonie -- 2021, Belfort, Amélie, *Bilan de
    l'Énergie 2021*, Observatoire Régionale de l'énergie et du climat de
    Guadeloupe, 28 septembre, 2022 ; Sylvestre-Baron, Teiki, *Bilan
    énergétique Polynésie française : édition 2019*, Observatoire
    Polynésien de l'énergie & ADEME Polynésie française, 28 février 2021
    ; Hoarau, Mathieu, *Bilan énergétique Réunion : les chiffres clés
    2022*, SPL Horizon Réunion, 2023 ; « Bilans énergétiques des
    départements d'Outre-mer de 2013 à 2020 », *Données et études
    statistiques*, Ministère de la transition écologique, 14 avril 2022.

[^29]: Andrieux, Virginie, Meillac, Christophe et Mesqui, Bérangère
    (dir.), *Chiffres clés de l'énergie : édition 2022,* Services des
    données et études de la Statistique, novembre 2022.

[^30]: Observatoire National sur les Effets Du Réchauffement Climatique
    (ONERC), *Les Outre-mer face au défi du changement climatique :
    Rapport au premier ministre et au parlement,* Paris, La
    Documentation française, 2013, p. 28.

[^31]: ONERC, *op. cit*., p. 32.

[^32]: ONERC, *op. cit.*, p. 34.

[^33]: « Le réchauffement climatique observé à l'échelle du globe et en
    France », *Météo France*, 7 Aout 2015,
    <http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/le-rechauffement-observe-a-l-echelle-du-globe-et-en-france>

[^34]: Walsh, Kevin et. al, « Tropical cyclones and climate change »,
    *WIREs Climate Change*, vol.7, N°1, p. 65-89 ; Knutson, Thomas et.
    al, « Tropical Cyclones and Climate Change Assessment : Part II :
    Projected Response to Anthropogenic Warming », in* Bull. Amer.
    Meteor. Soc.*, vol.101, 2020, p. E303 -- E322.

[^35]: Ayyad, Mahmoud, Hajj, Muhammed, et Marsooli, Resa, « Climate
    change impact on hurricane storm surge hazards in New York/New
    Jersey Coastlines using machine-learning », in *npj Climate and
    Atmospheric Science*, vol.6, N°88, 2023.

[^36]: Hau'ofa, Epeli, *Notre mer d'îles*, (trad. G. Colombani, T.
    Isselé & S. Massau), Arue, Pacific Islanders éditions, 2013.

[^37]: Lallemant-Moe, Hervé Raimana, « Les défis territoriaux et
    spatiaux des changements climatiques pour les territoires du
    Pacifique », in Manglou et Ferdinand (dir.), *op. cit*., p. 125-131.

[^38]: Gargominy, Olivier, et Boquet, Aurélie, *Biodiversité
    d'Outre-mer*. Paris, Comité Français pour L'UICN, 2013 ; La question
    de la métrique de la biodiversité est bien plus complexe qu'un
    simple pourcentage et mériterait un article entier. Par ce chiffre,
    loin de vouloir diminuer l'importance des écosystèmes hexagonaux, il
    s'agit simplement de faire prendre conscience de l'importance des
    écosystèmes des dits territoires d'Outre-mer.

[^39]: ONERC, *Les Outre-mer face au défi du changement climatique :
    Rapport au premier ministre et au parlement*, Paris, La
    Documentation française, 2013, p. 49.

[^40]: Initiative française pour les Récifs CORalliens (IFRECOR), «
    Récifs coralliens les joyaux de l'Outre-mer », *Ifrecor*, 3 Juillet
    2011, <http://www.ifrecor.com/recifs-coralliens.html>

[^41]: Ferdinand, Malcom, *Une écologie décoloniale*..., p. 51-68.

[^42]: « Taux de chômage localisés par sexe et âge en moyenne annuelle
    en 2022 Comparaisons régionales et départementales », *INSEE*,
    25 mai 2023,
    <https://www.insee.fr/fr/statistiques/2134411#tableau-TCRD_087_tab1_regions2016>
    ; Jonzo, Anne, « 2000 emplois de moins qu'avant la crise sanitaire
    et forte hausse du chômage Enquête Emploi 2022 à Mayotte », *INSEE*,
    9 février 2023, <https://www.insee.fr/fr/statistiques/6798031> ;
    Dukunengo, Annette, « Synthèse, Enquête force de travail 2022 »,
    *Institut de la Statistique et études économiques Nouvelle-Calédonie
    (ISEE)*, août 2023,
    <https://www.isee.nc/emploi-revenus/emploi-conditions-de-travail/emploi-chomage>

[^43]: « L'emploi progresse en 2022, le nombre d'inactifs ne souhaitant
    pas travailler également », *Institut de la Statistique Polynésiene*
    (ISPF), 30 décembre 2022, <https://www.ispf.pf/publication/1359>

[^44]: Grangé, Claire, « Le taux de pauvreté reste stable en 2018 à La
    Réunion », *INSEE Flash Réunion*, 28 janvier 2021,
    www.insee.fr/fr/statistiques/5016838

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[^49]: Loi n° 2017-256 du 28 février 2017 de programmation relative à
    l'égalité réelle Outre-mer et portant autres dispositions en matière
    sociale et économique.

[^50]: Footprint Data Foundation, York University Ecological Footprint
    Initiative, and Global Footprint Network : National Footprint and
    Biocapacity Accounts, 2023 edition, data.footprintnetwork.org/#/

[^51]: Bareigts, Ericka et Fasquelle, Daniel, *op. cit.*, p. 9.

[^52]: Pastel, Audrey et Saffache, Pascal, « Le plan de prévention des
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    Khartala, 2018 ; Verges, Françoise, *Le ventre des femmes :
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[^68]: Latour, Bruno, *Où atterrir : comment s'orienter en politique*,
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[^74]: Ferdinand, *Une écologie décoloniale*, *op. cit*., p. 390-400.

[^75]: Lopes de Souza, Marcelo, « "Sacrifice zone": The environment --
    territory -- place of disposable lives », *Community Development*
    Journal, vol. 56, N°2, avril 2021, p. 220--243.

[^76]: Voir l'association « 193 » :
    [\<https://www.oneheart.fr/assos/association-193-1014](https://www.oneheart.fr/assos/association-193-1014)
    ; Philippe, Sébastien et Statitus, Tomas, *Toxique : enquête sur les
    essais nucléaires français en Polynési*e, Paris, Presses
    Universitaires de France/humensis, 2021. ; Larbi Benchiha, *Bon
    baiser de Murora*, film documentaire, 53 min, 2016,
    <http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/47636_1>

[^77]: Wekker, Gloria, *White Innocence : Paradoxes of Colonialism and
    Race*, Durham, Duke University Press, 2016.

[^78]: Ferdinand, Oostindie et Veenendaal, *op. cit.*; Constant, *op.
    cit.*

[^79]: Misiedajn, Daphina, « Separate but equal in the protection
    against climate change ? The legal framework of climate justice for
    the Caribbean part of the Kingdom of The Netherlands », in *The
    Geographical Journal*, vol. 22 décembre 2022.

[^80]: Disponible ici : <https://native-land.ca/>

[^81]: Thomas Borrel, Amzat Boukari-Yabara, Benoît Collombat (dir.),
    *L'empire qui ne veut pas mourir : une histoire de la Françafrique*,
    Paris, Seuil, 2021.

[^82]: Walsh, Catherine & Mignolo, Walter, *On decoloniality : concept,
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    John, et Ogada, Mordecai, *The big conservation lie*, Auburn, Lens &
    Pens, 2017 ; Escobar, Arturo, *Sentir-penser avec la Terre :
    l'écologie au-delà de l'occident*, (trad. A. Bonvallot et. al),
    Paris, Seuil, 2018 ; Blanc, Guillaume, *L'invention du colonialisme
    vert : pour en finir avec le mythe de l'éden africain*, Paris,
    Flammarion, 2022 ; Rodney, Walter, *Decolonial marxism : Essays from
    the Pan-African Revolution*, New York, Verso, 2022 ; Quijano, *op.
    cit.* ; Gomez-Barris, Macarena, *The Extractive Zone : Social
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    Press, 2017.

[^83]: Jones, Terry, « Apartheid Ecology in America. On Building the
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    p. 4-17 ; Ouassak, Fatima, *La puissance des mères : pour un nouveau
    sujet révolutionnaire*, Paris, Découverte, 2020 ; Ouassak, Fatima,
    *Pour une écologie pirate : et nous serons libres*, Paris, La
    Découverte, 2023.
